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Condamné à 20 ans de prison pour notamment « diffusion de message à caractère haineux et xénophobe » et « complicité de meurtre », l’ancien Premier ministre tchadien Succès Masra bénéficie d’une grâce présidentielle. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a également accordé, ce 14 août 2026, la même mesure à huit anciens dirigeants du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP). Une décision qui met fin à deux dossiers judiciaires ayant fortement marqué les relations entre le pouvoir et l’opposition.

Le décret présidentiel prévoit une remise totale des peines privatives de liberté. Après plus d’un an de détention, Succès Masra devrait ainsi retrouver la liberté, tout comme les huit ex-responsables du GCAP, condamnés en mai dernier à huit ans de prison ferme chacun.

Économiste de formation et figure populaire de l’opposition, Succès Masra, aujourd’hui âgé de 42 ans, avait quitté le Tchad pour le Cameroun fin 2022, après une manifestation de l’opposition violemment réprimée par les forces de sécurité.

Un accord conclu avec les autorités tchadiennes à Kinshasa lui permet de rentrer au pays en 2023. Quelques mois plus tard, il est nommé Premier ministre. Lors de l’élection présidentielle de mai 2024, il se classe deuxième avec près de 20 % des suffrages, derrière Mahamat Idriss Déby Itno, crédité d’environ 60 % des voix dans un scrutin contesté par une partie de l’opposition.

Le dossier judiciaire de Succès Masra s’ouvre sur les violences intercommunautaires de Mandakao, dans le Logone occidental, en mai 2025. Selon les éléments retenus par la justice, l’ancien Premier ministre aurait joué un rôle dans l’incitation aux violences à travers un message audio présenté comme datant de 2023.

Le document sonore, en langue ngambaye, aurait notamment appelé la population à apprendre à utiliser des armes et à se protéger collectivement.

Arrêté en mai 2025, Succès Masra est finalement jugé à N’Djamena en août. Le parquet requiert 25 ans de prison ferme. Le tribunal le condamne à 20 ans de prison ferme, assortis d’une lourde amende. La condamnation est ensuite confirmée par la Cour suprême en mai 2026.

Ses avocats et plusieurs organisations de défense des droits humains avaient contesté la procédure et dénoncé un procès à caractère politique.

La grâce présidentielle concerne également huit anciens responsables du GCAP, principale coalition de l’opposition tchadienne.

Leur arrestation intervient fin avril 2026, après une décision de la Cour suprême prononçant la nullité du GCAP, alors que la coalition préparait une marche de protestation.

Poursuivis notamment pour attroupement, participation à un mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre, les huit responsables sont jugés les 5 et 6 mai dans l’enceinte de la prison de Klessoum.

Le 8 mai 2026, la Chambre spéciale correctionnelle les condamne chacun à huit ans de prison ferme, assortis d’une amende de 500 000 FCFA. La justice ordonne également la confiscation d’armes saisies à leurs domiciles.

Leurs avocats avaient dénoncé des poursuites à caractère politique et annoncé leur intention de faire appel.

La grâce accordée simultanément à Succès Masra et aux huit anciens dirigeants du GCAP marque un tournant dans le paysage politique tchadien. Elle met fin aux peines privatives de liberté prononcées dans deux dossiers emblématiques de la confrontation entre le pouvoir et une partie de l’opposition.

Au-delà de la libération des détenus, cette décision ouvre une nouvelle séquence politique pour le Tchad. Elle pourrait notamment relancer les discussions autour du dialogue politique, de la réconciliation et des conditions d’exercice de l’opposition dans le pays.

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