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La production cotonnière des huit pays de la zone CFA étudiés par le PR-PICA a reculé de 14,2 % en 2025-2026, à environ 1,98 million de tonnes. Le Bénin reprend la première place régionale, porté par l’effondrement de la récolte malienne. Le Burkina Faso complète désormais le podium.

La hiérarchie du coton dans la zone CFA connaît un nouveau bouleversement. Avec 533 590 tonnes de coton graine produites au cours de la campagne 2025-2026, le Bénin reprend la première place régionale devant le Mali, dont la récolte a fortement chuté.

Selon les données des interprofessions compilées par le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA), la production cumulée des huit pays étudiés s’est établie à environ 1,98 million de tonnes, contre 2,31 millions de tonnes lors de la campagne précédente, soit une baisse de 14,2 %.

Cette contraction confirme une tendance préoccupante pour la filière. Il s’agit de la deuxième baisse consécutive, après une campagne 2023-2024 au cours de laquelle la production régionale avoisinait encore 2,6 millions de tonnes. En deux ans, les pays concernés ont ainsi perdu près du quart de leur production.

Le retour du Bénin au sommet ne résulte pas d’une amélioration de sa propre production. Le pays a enregistré une baisse de 16,3 % sur un an, à 533 590 tonnes.

Le changement de classement s’explique principalement par la chute de la production malienne. Celle-ci s’est contractée de 39,5 %, pour atteindre seulement 397 540 tonnes.

Cette contre-performance est notamment liée aux conditions climatiques et à la pression des ravageurs. « Les irrégularités pluviométriques sont la cause principale de cette baisse de production. Par ailleurs, au Mali, il est noté aussi l’impact négatif des jassides sur la production », souligne le PR-PICA dans son bulletin publié en juillet.

Ces insectes, particulièrement nuisibles aux cotonniers, ont aggravé les difficultés rencontrées par les producteurs maliens au cours de la campagne.

La Côte d’Ivoire a mieux résisté à la dégradation de la campagne. Sa production n’a reculé que de 0,4 %, à 310 407 tonnes. Le Cameroun a, en revanche, enregistré une baisse de 11,9 %, à 250 722 tonnes.

À contre-courant de cette tendance, le Burkina Faso a augmenté sa production de 7 %, pour atteindre 313 042 tonnes. Cette progression lui permet de dépasser la Côte d’Ivoire et le Cameroun et de prendre la troisième place régionale, derrière le Bénin et le Mali.

Les performances les plus spectaculaires ont toutefois été enregistrées dans des pays où la filière pèse moins lourd. Au Sénégal, la production a bondi de 62,2 %, à 25 166 tonnes. Le Togo et le Tchad ont chacun enregistré une progression de 30,3 %, avec respectivement 78 706 et 75 268 tonnes.

Ces hausses restent cependant insuffisantes pour compenser le recul enregistré chez les principaux producteurs de la région.

Au-delà des volumes récoltés, les écarts de rendement mettent en évidence d’importantes différences de productivité entre les pays.

Avec 1 268 kg par hectare, le Cameroun affiche le meilleur rendement, devant le Sénégal, à 1 235 kg/ha, et la Côte d’Ivoire, à 1 069 kg/ha.

À l’inverse, les performances restent nettement plus faibles au Tchad, avec 545 kg/ha, et au Mali, avec 745 kg/ha.

Ces disparités constituent l’un des principaux défis de la filière, alors que les producteurs doivent simultanément composer avec les aléas climatiques, les attaques de ravageurs et le coût croissant des intrants.

La prochaine campagne s’annonce elle aussi sous pression. Les semis de 2026-2027 ont débuté dès le mois de mai, dans un contexte marqué par la hausse attendue du coût des intrants agricoles.

La Banque mondiale anticipe notamment une augmentation de 31 % des prix mondiaux des engrais en 2026, sous l’effet des perturbations affectant notamment les flux énergétiques et maritimes au Moyen-Orient.

L’urée, largement utilisée dans la culture du coton, pourrait voir son prix progresser de près de 60 % sur l’année. Les tensions autour du détroit d’Ormuz constituent un facteur supplémentaire de risque pour les approvisionnements, le Moyen-Orient représentant près du quart de l’urée commercialisée à l’échelle mondiale.

Pour les filières cotonnières africaines, la capacité des États à contenir le prix des intrants sera donc déterminante. Plusieurs gouvernements ont déjà mis en place des mécanismes de soutien afin de maintenir les prix des engrais à des niveaux accessibles et de préserver l’attractivité du prix d’achat du coton graine.

« Nous observons avec satisfaction que des États ont consenti des efforts pour apporter un appui dans la plupart des pays, ce qui permet la cession de ces engrais et l’achat du coton graine à des prix convenables », souligne Tete Awokou, président du PR-PICA.

La campagne 2026-2027 sera particulièrement scrutée au Bénin, au Mali, au Burkina Faso et au Tchad, où le coton demeure un pilier des revenus agricoles et des recettes d’exportation.

Le défi dépasse toutefois la seule augmentation des volumes. Encore largement exporté sous forme brute, le coton reste exposé aux fluctuations de la production nationale et à la volatilité des cours internationaux.

Dans ce contexte, le redressement de la production devra s’accompagner d’efforts sur la productivité, la maîtrise des coûts des intrants et surtout la transformation locale. Pour les économies cotonnières de la zone CFA, l’enjeu est désormais double : produire davantage et capter une plus grande part de la valeur ajoutée créée par la filière.

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