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HORIZON NEWS

Le partenariat conclu le 10 octobre 2026 à Pékin entre le groupe Ecobank et le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), le système chinois de paiements interbancaires transfrontaliers, ouvre de nouvelles perspectives pour le financement des échanges entre l’Afrique et la Chine. Au Togo, cette initiative pourrait faciliter les règlements des importateurs, réduire les coûts des transactions internationales et renforcer le positionnement du pays comme plateforme financière et logistique régionale.

Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine constituent un marché stratégique pour les établissements financiers du continent. En 2025, les importations africaines de marchandises chinoises ont dépassé 225 milliards de dollars, selon les données avancées par Ecobank. Face à l’intensification de ces flux, le groupe bancaire panafricain entend renforcer sa présence dans les circuits de paiements internationaux à travers un partenariat avec le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS).

Signé le 10 octobre 2026 à Pékin, le protocole d’accord avec cette infrastructure chinoise de paiements interbancaires transfrontaliers vise à faciliter les transactions entre les entreprises africaines et leurs partenaires chinois, notamment à travers l’utilisation du renminbi, la monnaie chinoise. Pour Ecobank, l’ambition est de réduire le recours aux devises intermédiaires et aux banques correspondantes, qui contribuent actuellement à rallonger les délais et à renchérir les opérations.

Dans un entretien accordé à Togo First, Estelle Fafa Akue-Komlan, directrice générale d’Ecobank Togo, explique que ce rapprochement doit permettre de simplifier les circuits financiers entre les deux espaces économiques. Un importateur togolais pourrait ainsi, à terme, régler directement son fournisseur chinois en renminbis, avec moins d’intermédiaires dans le traitement de sa transaction.

Le dispositif envisagé repose sur trois principaux leviers d’optimisation. Le premier concerne les opérations de change. Aujourd’hui, un paiement entre le franc CFA et le renminbi peut nécessiter une conversion intermédiaire en dollar, entraînant deux opérations de change et des coûts successifs. L’objectif d’Ecobank est de favoriser une conversion directe entre les deux monnaies.

Le deuxième levier porte sur les frais facturés par les banques correspondantes intervenant dans le traitement des transactions internationales. La réduction du nombre d’intermédiaires devrait contribuer à diminuer les coûts de transfert. Enfin, le troisième avantage attendu concerne les délais d’exécution. Selon Estelle Fafa Akue-Komlan, certaines transactions qui nécessitent actuellement deux à trois jours pourraient être réalisées dans des délais beaucoup plus courts.

Pour les entreprises importatrices, ces évolutions pourraient améliorer la gestion de trésorerie, accélérer les opérations d’approvisionnement et réduire les coûts liés aux transactions internationales. Dans un environnement commercial où les délais de règlement influencent directement les chaînes logistiques, la rapidité des paiements constitue un facteur supplémentaire de compétitivité.

Toutefois, le partenariat reste à ce stade un protocole d’accord. Son déploiement opérationnel se fera progressivement, selon un calendrier interne au groupe. L’ambition affichée est de parvenir à un accès direct à CIPS, contrairement au dispositif indirect actuellement utilisé par la filiale guinéenne d’Ecobank, qui passe par Bank of China pour certaines opérations en renminbis.

Pour le Togo, les perspectives de cette coopération dépassent les seuls besoins des importateurs nationaux. La position géographique du pays et le rôle du port autonome de Lomé dans les échanges sous-régionaux offrent des possibilités de développement pour les services financiers associés au commerce international.

Une partie importante des marchandises débarquées à Lomé est destinée aux pays de l’hinterland, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette activité de transit représente un potentiel commercial que le groupe Ecobank entend exploiter grâce à son réseau implanté dans 34 marchés africains.

La directrice générale d’Ecobank Togo souligne que les flux commerciaux ne s’arrêtent pas nécessairement aux frontières togolaises. Ils se prolongent vers les économies voisines, où le groupe dispose également de filiales capables d’accompagner les opérations financières des importateurs et des autres acteurs économiques.

Cette présence panafricaine constitue ainsi un avantage dans la mobilisation des flux financiers liés au corridor de Lomé. L’objectif est de proposer aux opérateurs togolais, chinois et aux entreprises établies dans les pays de l’hinterland des solutions de paiement et de financement adaptées à leurs échanges.

L’un des enjeux majeurs de cette initiative concerne l’accès des petites et moyennes entreprises aux services financiers internationaux. Au Togo, de nombreux commerçants et opérateurs économiques s’approvisionnent auprès de fournisseurs chinois, mais restent confrontés aux coûts et aux contraintes des paiements transfrontaliers.

Ecobank assure que le futur service ne sera pas réservé aux grandes entreprises. Les PME figurent parmi les bénéficiaires ciblés, même si les modalités tarifaires applicables aux opérations via CIPS ne sont pas encore arrêtées.

Au-delà de la facilitation des paiements, cette évolution pourrait également améliorer l’accès au financement. Les transactions régulières permettent aux banques de mieux connaître les activités de leurs clients, leurs flux de trésorerie, la fréquence de leurs importations et leurs besoins d’exploitation. Ces informations constituent autant d’éléments susceptibles de faciliter l’évaluation des risques et la proposition de financements adaptés.

Cette orientation s’inscrit dans la stratégie de transformation commerciale du groupe, qui souhaite élargir son accompagnement aux PME, aux entreprises dirigées par des femmes et aux particuliers. La banque entend notamment renforcer les synergies avec ses initiatives en faveur de l’entrepreneuriat et son partenariat avec le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La perspective de paiements plus directs entre le Togo et la Chine ne signifie toutefois pas un assouplissement des règles encadrant les opérations internationales. Dans l’espace UEMOA, les transactions resteront soumises à la réglementation des changes et aux exigences de conformité de la BCEAO.

Ecobank indique travailler sur la formation de ses administrateurs, dirigeants et collaborateurs, ainsi que sur la sensibilisation de sa clientèle aux obligations réglementaires. Le dispositif devra également intégrer des mécanismes rigoureux de connaissance du client, de vérification des partenaires commerciaux et de filtrage des transactions afin de prévenir le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les opérations illicites.

À terme, la banque envisage de permettre à ses clients d’initier, depuis une agence ou sa plateforme digitale Omni, des paiements à partir de leurs comptes en monnaie locale au profit de bénéficiaires en renminbis. La simplification du parcours client devra ainsi s’accompagner du maintien des exigences de traçabilité.

Pour le groupe Ecobank, ce rapprochement avec CIPS répond également à un objectif de développement commercial. La banque a annoncé son ambition de financer le commerce à hauteur de 3 milliards de dollars sur trois ans. L’accès aux circuits de paiements chinois doit contribuer à renforcer sa capacité à capter les flux financiers générés par les échanges entre les deux économies.

Au Togo, cette stratégie accompagne le repositionnement de la filiale vers une clientèle plus diversifiée. Sous la direction d’Estelle Fafa Akue-Komlan, qui a pris ses fonctions en avril 2025, Ecobank Togo affirme avoir enregistré en 2026 une progression de ses résultats, de ses actifs, de son portefeuille de crédits et des dépôts de sa clientèle.

La banque met également en avant son programme Ellever, consacré au financement de l’entrepreneuriat féminin. En moins d’un an, cette initiative aurait permis de mobiliser plus de 9,5 milliards de FCFA au profit de plus de 500 entreprises. La communauté des bénéficiaires s’étend désormais à près de 1 800 entités, tandis que le montant moyen des financements serait passé de 2 à 18 millions de FCFA.

La filiale indique par ailleurs avoir revu sa politique de crédit, son organisation commerciale et sa gamme de produits pour mieux répondre aux besoins des PME, notamment en matière de financement de l’exploitation, d’investissement et de transition énergétique.

Au-delà de l’innovation dans les paiements internationaux, le partenariat Ecobank-CIPS pourrait donc contribuer à une transformation plus large des services bancaires destinés aux entreprises togolaises. Sa portée économique dépendra néanmoins des conditions tarifaires, du calendrier de déploiement et de la capacité à rendre effectivement ces solutions accessibles aux opérateurs de toutes tailles.

Pour le Togo, l’enjeu est de transformer son positionnement logistique régional, porté par le port de Lomé, en opportunités supplémentaires de financement, d’investissement et de développement des échanges commerciaux avec la Chine.

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