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Le Togo a franchi une nouvelle étape dans le renforcement de sa gouvernance maritime avec la ratification, en août 2026, de l’Accord BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction), consacré à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones ne relevant pas de la juridiction nationale. Pour le Dr Lare PENN, Chef de cabinet du Haut Conseil pour la Mer (HCM), cette ratification ouvre au pays des perspectives importantes en matière de recherche scientifique, d’accès aux données maritimes, de coopération internationale et de développement de l’économie bleue. Dans cet entretien, il explique les enjeux de cet accord, son intérêt pour le Togo et le rôle que doivent jouer les médias pour permettre aux populations de mieux comprendre et s’approprier les opportunités liées à la gouvernance des espaces maritimes.

Économie & Développement : Qu’est-ce que l’Accord BBNJ ?

Dr Lare PENN : L’Accord BBNJ est un traité international consacré à la haute mer et à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones ne relevant pas de la juridiction nationale. Il vient notamment combler certaines lacunes de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer en matière de biodiversité marine.

Les autres dimensions de la gouvernance maritime sont déjà encadrées par différents instruments et organisations internationales. La navigation relève notamment de l’Organisation maritime internationale (OMI), la pêche est largement prise en charge dans le cadre de la FAO, tandis que les ressources des fonds marins sont encadrées par l’Autorité internationale des fonds marins.

Il était donc nécessaire de disposer d’un instrument juridique international spécifique permettant de mieux protéger la biodiversité marine dans les espaces situés au-delà des juridictions nationales.

Après plusieurs années de négociations internationales, l’Accord BBNJ a finalement été adopté. Je voudrais, à cette occasion, saluer la représentation nationale qui a adopté le projet de loi autorisant sa ratification par le Togo.

L’Accord BBNJ s’impose-t-il aux États ?

L’adhésion à l’Accord BBNJ relève d’un choix souverain de chaque État. Les pays évaluent leurs intérêts et leurs priorités avant de décider de leur adhésion et de leur ratification.

Pour un pays en développement comme le Togo, l’intérêt de cet accord est particulièrement important. Le BBNJ repose sur quatre grandes dimensions.

La première concerne les ressources génétiques marines. La deuxième porte sur les outils de gestion par zone, notamment les aires marines protégées. La troisième concerne les études d’impact environnemental. Enfin, la quatrième dimension est consacrée au renforcement des capacités scientifiques et au transfert de technologies marines.

Pour un État disposant de ressources scientifiques et financières limitées pour étudier et mieux comprendre l’océan, l’adhésion à cet accord représente une véritable opportunité. Le BBNJ favorise la coopération scientifique, facilite la mobilisation de financements pour la recherche et permet l’accès à des données scientifiques qui seront mises à disposition à travers les mécanismes prévus par l’Accord.

Nous avons besoin de ces données pour mieux connaître l’océan, anticiper et réduire les effets des changements climatiques, lutter contre la pollution marine et mieux faire face à des phénomènes tels que l’érosion côtière.

Le Togo, comme les autres États, a donc tout intérêt à participer à cette dynamique internationale. C’est dans cette perspective que le gouvernement a engagé le processus de ratification. Après l’adoption du texte par l’Assemblée nationale, nous attendons les prochaines étapes institutionnelles nécessaires à son entrée en application au niveau national.

Le Président du Conseil accorde une attention particulière au développement de l’économie bleue et aux activités maritimes. Les dispositions nécessaires devront donc être prises pour assurer la mise en œuvre effective de cet accord.

Comment expliquez-vous l’empressement du Togo à ratifier cet accord ?

Le Togo est un pays maritime et une partie importante de son activité économique est liée à la mer. Il a donc tout intérêt à renforcer son engagement dans la gouvernance maritime internationale et à poursuivre ses efforts en faveur du développement de l’économie bleue.

La ratification du BBNJ s’inscrit ainsi dans les orientations de notre politique économique et publique en matière maritime.

En ratifiant cet accord, le Togo dispose notamment d’un outil qui peut lui permettre d’accéder à des données maritimes et scientifiques sans avoir à supporter seul l’ensemble des coûts liés à leur collecte. C’est un avantage considérable pour un pays qui cherche à renforcer ses capacités de connaissance et d’exploitation durable des espaces maritimes.

Le Togo pourra également bénéficier davantage de la coopération internationale, notamment en matière de recherche scientifique, de transfert de technologies et d’accès aux mécanismes de financement.

Il faut comprendre que les différents espaces maritimes forment un continuum. Il existe une relation entre la haute mer, les zones économiques exclusives, les mers territoriales et les espaces littoraux. Ce qui se passe en haute mer peut donc avoir des conséquences sur nos propres espaces maritimes. La ratification du BBNJ constitue, à mon sens, un choix éclairé pour le Togo.

Parallèlement au processus de ratification, le Haut Conseil pour la Mer a engagé des activités de sensibilisation sur l’Accord BBNJ. Ces initiatives réunissent des représentants de l’administration publique, des services techniques, des collectivités territoriales littorales, de la société civile et des médias.

Quel rôle les médias doivent-ils jouer dans la vulgarisation de l’Accord BBNJ ?

Les médias ont un rôle majeur à jouer pour permettre aux populations de mieux comprendre et de s’approprier les enjeux liés au BBNJ.

Les thématiques abordées par cet accord sont relativement complexes. Elles font appel aux sciences de l’environnement, au droit international, aux sciences marines et à d’autres domaines spécialisés. Le langage utilisé peut donc paraître difficile d’accès pour le grand public.

Il est, par conséquent, important de renforcer les capacités des journalistes afin de leur permettre de comprendre ces notions, puis de les expliquer dans un langage simple et accessible.

Les professionnels des médias doivent pouvoir traduire le langage technique du BBNJ afin d’en faire un sujet compréhensible pour les populations, les communautés côtières et les collectivités territoriales.

L’objectif est également de faire en sorte que le BBNJ ne reste pas un simple instrument juridique ou technique, mais qu’il devienne un outil au service de nos communautés. Les collectivités doivent pouvoir identifier les avantages et les opportunités qu’il peut offrir, notamment en matière de mobilisation de financements auprès des organisations internationales pour soutenir leurs activités et renforcer leur résilience face aux changements climatiques et à l’érosion côtière.

Les professionnels de la communication constituent donc une véritable interface entre le Haut Conseil pour la Mer, les ministères, les collectivités territoriales, les scientifiques et les populations.

Nous pensons qu’avec le concours des médias, les populations pourront être davantage informées, attentives et actives. À travers les publications, les reportages, les interviews et les émissions de sensibilisation, elles pourront progressivement s’approprier les outils et les enjeux du BBNJ.

Nous ouvrons ainsi une nouvelle phase de dialogue avec les médias afin de leur permettre d’accéder plus facilement aux données, aux ressources documentaires et aux informations utiles sur l’économie bleue et l’économie maritime.

La gouvernance maritime ne peut pas rester confinée aux administrations et aux cercles spécialisés. Elle doit entrer dans l’espace public, être expliquée, débattue et comprise par les citoyens. C’est à cette condition que les populations pourront véritablement s’approprier les enjeux et les opportunités liés à la mer.

Propos recueillis par GADAH Joseph

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