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En marge de la mission d’appui technique sur la Budgétisation sensible au dividende démographique (BSDD), organisée à Lomé les 15 et 16 juillet 2026, Ngone Diop, la Directrice du Bureau Afrique de l’Ouest de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA-BAO) revient sur les enjeux de cette réforme budgétaire. Elle explique pourquoi le dividende démographique est désormais une question de choix budgétaires et pourquoi le Togo dispose d’une fenêtre d’opportunité unique.

Eco-Dev: Pourquoi la CEA revient-elle au Togo avec cette nouvelle mission ?

Ngone Diop: Parce que le Togo a franchi plusieurs étapes importantes dans la modernisation de ses finances publiques et qu’il est aujourd’hui temps d’aller plus loin. Cette mission vise à renforcer les capacités des experts qui interviennent dans la préparation, l’exécution et le suivi du budget afin d’intégrer pleinement la Budgétisation sensible au dividende démographique dans le processus budgétaire. Notre ambition est que cette approche soit effectivement prise en compte dans le budget de l’État 2027.

La Budgétisation sensible au dividende démographique reste un concept peu connu. De quoi s’agit-il concrètement ?

Ngone Diop : Il s’agit d’une nouvelle manière de penser le budget public. L’idée est simple : orienter davantage les ressources de l’État vers les investissements qui produisent les meilleurs résultats pour le développement du capital humain. Autrement dit, faire en sorte que chaque franc investi dans l’éducation, la santé, l’emploi ou les compétences des jeunes génère un impact durable sur la croissance économique et le bien-être des populations.

Pourquoi cette approche est-elle particulièrement importante pour le Togo ?

Ngone Diop: Parce que le pays est jeune. Près de 60 % des Togolais ont moins de 25 ans. Cette jeunesse est une formidable richesse, mais elle ne deviendra un véritable moteur de développement que si elle bénéficie d’investissements conséquents. Sans une politique volontariste en matière d’éducation, de santé, de formation, d’emploi et de protection sociale, le potentiel démographique risque de ne pas produire les effets attendus.

Peut-on dire que le dividende démographique dépend désormais des choix budgétaires ?

Ngone Diop: Absolument. Le dividende démographique ne se décrète pas. Il se construit à travers les politiques publiques et, surtout, à travers les arbitrages budgétaires. Les ressources publiques étant limitées, elles doivent être orientées vers les secteurs qui créent le plus de valeur pour les générations futures. C’est précisément ce que permet la BSDD.

Quel regard portez-vous sur les réformes engagées par le Gouvernement togolais ?

Ngone Diop: Nous saluons un engagement constant en faveur de la modernisation de l’action publique. Les progrès réalisés dans la gestion des finances publiques, la protection sociale, la couverture sanitaire, la digitalisation de l’administration ou encore la transformation économique témoignent d’une volonté claire de renforcer l’efficacité de la dépense publique. La BSDD vient consolider cette dynamique en améliorant la qualité des décisions budgétaires.

Quels secteurs devront être les principaux bénéficiaires de cette nouvelle approche ?

Ngone Diop : Les investissements devront prioritairement cibler l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes, le développement des compétences, l’entrepreneuriat, la gouvernance et l’autonomisation des femmes. Ce sont ces secteurs qui conditionnent la capacité d’un pays à transformer sa jeunesse en levier de croissance.

Cette initiative s’inscrit-elle dans une stratégie continentale ?

Ngone Diop: Oui. À la suite de l’adoption de la Feuille de route de l’Union africaine sur le dividende démographique, les États membres ont confié à la CEA et au FNUAP la responsabilité de les accompagner dans sa mise en œuvre. Avec le CREG, nous avons développé des outils méthodologiques, des instruments d’analyse et une assistance technique afin d’aider les pays africains à intégrer cette approche dans leurs politiques publiques.

Après quatre années d’accompagnement du Togo, quel bilan tirez-vous ?

Ngone Diop : Les résultats sont encourageants. Nous avons construit une base méthodologique solide et renforcé les capacités nationales. L’enjeu aujourd’hui n’est plus seulement de former, mais d’institutionnaliser cette approche afin qu’elle devienne une composante permanente de la gestion budgétaire de l’État.

Qu’attendez-vous concrètement de cette mission de deux jours à Lomé ?

Ngone Diop: Nous voulons que les responsables des ministères et des institutions s’approprient pleinement la BSDD. L’objectif est que cette démarche ne reste pas un exercice ponctuel, mais qu’elle influence durablement la préparation, l’exécution et l’évaluation des budgets publics. À terme, chaque décision budgétaire devra mieux répondre aux besoins des populations, en particulier des jeunes et des femmes.

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs togolais ?

Ngone Diop: Investir dans le capital humain reste le meilleur investissement qu’un État puisse réaliser. Chaque ressource consacrée à l’éducation, à la santé, à l’emploi des jeunes ou à l’autonomisation des femmes prépare une économie plus productive, plus résiliente et plus compétitive. La CEA, le FNUAP et l’ensemble du système des Nations Unies continueront d’accompagner le Gouvernement togolais dans cette dynamique afin que le budget devienne un véritable levier de transformation économique et sociale.

Êtes-vous optimiste pour le budget 2027 ?

Ngone Diop: Oui. Nous sommes convaincus que cette mission permettra une meilleure intégration de la Budgétisation sensible au dividende démographique dans l’élaboration du budget de l’État pour 2027. Si cette dynamique se poursuit, le Togo disposera d’un outil supplémentaire pour accélérer son développement tout en offrant davantage d’opportunités à sa jeunesse.

Propos recueillis par GADAH Joseph

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