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En marge de l’African Air Transport Convention & Expo 2026 (AFCAC Expo), organisée du 15 au 2026 à Lomé autour du thème « Un ciel africain unique : connectivité et développement durable du transport aérien », le Directeur général de la Société Aéroportuaire de Lomé-Tokoin (SALT), Kanka-Malik Natchaba, revient sur les défis du financement des infrastructures aéronautiques, la vision du Togo comme hub logistique régional, la mise en œuvre du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA) et les facteurs expliquant le coût élevé des billets d’avion sur le continent.

Eco-Dev : Vous êtes intervenu lors d’un panel consacré au financement des infrastructures aéronautiques en Afrique. Quels sont, selon vous, les leviers pour attirer davantage d’investissements dans ce secteur ?

Kanka-Malik Natchaba : Le premier défi consiste à concevoir des projets suffisamment ambitieux pour attirer les investisseurs. Les ressources humaines mobilisées pour financer un projet d’un million de dollars sont pratiquement les mêmes que pour un projet de plusieurs dizaines de millions. Nous devons donc proposer des projets d’envergure, capables de transformer durablement nos économies.

Ces projets doivent être intégrés, à la fois horizontalement et verticalement. Horizontalement, cela signifie couvrir plusieurs secteurs et, lorsque cela est possible, plusieurs pays afin d’atteindre une taille critique sur le plan financier. Il faut sortir de la fragmentation et présenter des projets solides, fondés sur des données fiables, notamment les prévisions de trafic, pour planifier efficacement les investissements.

La puissance publique doit également jouer pleinement son rôle de facilitateur et de partenaire stratégique. Des projets bien structurés génèrent des retombées bien au-delà du seul secteur aérien. Ils stimulent le commerce, le tourisme, les services et l’ensemble des activités économiques connexes.

Aujourd’hui, le modèle qui s’impose est celui de l’Airport City. Un aéroport ne doit plus être uniquement un lieu de transit. Il doit devenir un véritable pôle économique intégrant hôtels, espaces commerciaux, centres de loisirs, bureaux et autres infrastructures créatrices de valeur. C’est cette vision qui permettra de bâtir une stratégie durable de croissance autour du transport aérien.

Eco-Dev  : Le Togo s’est doté d’une feuille de route à l’horizon 2040. Cette vision intègre-t-elle déjà ce modèle économique ?

Kanka-Malik Natchaba : Absolument. Depuis plusieurs années, notre projet repose sur une logique d’intégration régionale. L’aéroport de Lomé est aujourd’hui le hub de la compagnie panafricaine ASKY, qui dessert plus d’une trentaine de pays africains, avec l’ambition d’étendre progressivement cette couverture à l’ensemble du continent.

Notre vision ne s’arrête pas au transport de passagers. Nous souhaitons également développer davantage le fret aérien afin d’accompagner les échanges commerciaux, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Parallèlement, nous poursuivons le renforcement des normes de sûreté et de sécurité afin d’obtenir les certifications internationales nécessaires pour ouvrir davantage de liaisons intercontinentales, notamment vers les États-Unis.

En définitive, cette stratégie s’inscrit pleinement dans la vision du gouvernement qui vise à faire du Togo un hub logistique de référence en Afrique de l’Ouest.

Eco-Dev : Huit ans après le lancement du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA), où en est concrètement sa mise en œuvre ?

Kanka-Malik Natchaba : Il faut distinguer deux niveaux. Le premier est celui des décisions politiques et institutionnelles prises par les États. Le second est celui de la réalité opérationnelle sur le terrain.

Depuis 2018, nous constatons une évolution positive. De plus en plus de pays ouvrent leur espace aérien et facilitent les dessertes régionales. Après le ralentissement provoqué par la pandémie de Covid-19, le secteur connaît une forte reprise, avec des niveaux de trafic qui dépassent même les prévisions.

Bien entendu, des efforts restent nécessaires pour harmoniser les réglementations et accélérer la mise en œuvre des engagements pris par les États. C’est précisément l’objectif de rencontres comme l’AFCAC Expo : renforcer le dialogue politique et accélérer l’intégration du transport aérien africain.

Les opérateurs ont également leur part de responsabilité. Nous devons poursuivre les investissements et appliquer concrètement les décisions prises au niveau continental afin que les bénéfices du MUTAA soient pleinement ressentis par les populations et les entreprises.

Eco-Dev : Malgré ces avancées, les billets d’avion restent particulièrement chers en Afrique de l’Ouest. Comment l’expliquez-vous ?

Kanka-Malik Natchaba : C’est effectivement l’un des principaux défis du transport aérien africain. L’un des facteurs essentiels est le niveau encore insuffisant de concurrence. Dans tous les grands marchés du monde, l’ouverture du ciel et la multiplication des compagnies aériennes permettent généralement de faire baisser les tarifs au bénéfice des voyageurs.

C’est précisément l’objectif poursuivi par le Marché unique du transport aérien africain : créer un environnement plus ouvert, plus concurrentiel et plus intégré. À mesure que davantage de compagnies pourront opérer librement entre les pays africains, les coûts devraient progressivement diminuer.

L’amélioration des infrastructures, la réduction des taxes et redevances, ainsi que l’augmentation du trafic contribueront également à rendre le transport aérien plus accessible aux Africains.

Propos recueillis par GADAH Joseph

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