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La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) accélère la modernisation des administrations douanières afin de faciliter la circulation des marchandises sur le continent. Face à des infrastructures insuffisantes, des systèmes informatiques non interconnectés et des obstacles administratifs persistants, le Secrétariat de la ZLECAf mise sur la transformation numérique pour rendre le commerce transfrontalier plus rapide, plus transparent et moins coûteux.

Intervenant sur le podcast officiel de la ZLECAf, la Directrice de l’administration douanière au Secrétariat de la ZLECAf, Demitta Gyang, a rappelé que les administrations douanières occupent une place centrale dans la mise en œuvre de l’Accord de libre-échange continental. Selon elle, près de 95 % des dispositions relatives au commerce des marchandises dépendent directement de leur capacité à appliquer les préférences tarifaires, vérifier les règles d’origine et assurer la fluidité des échanges.

La responsable a indiqué que plus de 5 800 certificats d’origine ont déjà été délivrés aux entreprises commerçant dans le cadre de la ZLECAf, illustrant le passage de la phase de négociation à celle de la mise en œuvre effective de l’accord.

Plutôt que d’imposer un système unique aux États membres, le Secrétariat privilégie une approche fondée sur l’interopérabilité des plateformes nationales. L’objectif est de permettre aux différents systèmes douaniers de communiquer entre eux, qu’il s’agisse d’ASYCUDA, utilisé par une trentaine de pays africains, de plateformes développées localement ou encore du système UNIPASS.

Dans cette dynamique, plusieurs solutions numériques sont en cours de déploiement. Parmi elles figurent un livre tarifaire électronique, permettant aux opérateurs économiques de consulter les droits de douane applicables et les règles d’origine avant toute exportation, ainsi qu’un certificat d’origine électronique, qui facilite la transmission sécurisée des documents entre les pays membres.

Le Secrétariat travaille également sur un mécanisme de garantie unique de transit, destiné à permettre aux marchandises de traverser plusieurs pays avec une seule caution douanière. Cette innovation devrait réduire les immobilisations de camions et alléger les coûts supportés par les opérateurs économiques.

Malgré ces avancées, les défis demeurent importants. À travers des évaluations menées sur plusieurs corridors stratégiques, notamment Abidjan-Lagos et Mombasa-République démocratique du Congo, le Secrétariat a identifié de nombreux freins à la fluidité des échanges.

Parmi les difficultés relevées figurent l’insuffisance des infrastructures, les systèmes informatiques non connectés, le manque de coordination entre les administrations, les capacités limitées de certains agents, mais aussi des contraintes plus opérationnelles.

Mme Gyang cite notamment des postes-frontières dépourvus d’électricité, contraints de fermer à la tombée de la nuit, des horaires de fonctionnement différents entre pays voisins, ainsi que la multiplication des contrôles routiers. Sur certains corridors d’Afrique de l’Ouest, plus de 60 postes de contrôle peuvent être recensés entre le port de Tema, au Ghana, et la frontière de Paga, au Burkina Faso.

Les barrières linguistiques constituent également un obstacle. Des documents rédigés en anglais peuvent nécessiter une traduction avant leur traitement par des agents francophones, rallongeant ainsi les délais de dédouanement. Pour y remédier, le Secrétariat envisage de renforcer les compétences linguistiques des agents, de promouvoir l’usage de langues locales communes dans les zones frontalières et de produire les documents administratifs en plusieurs langues.

Pour Demitta Gyang, la facilitation des échanges n’est pas incompatible avec la mobilisation des recettes douanières. Au contraire, en s’appuyant sur les principes de l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce sur la facilitation des échanges, elle estime que des procédures plus simples et plus rapides favorisent une augmentation des recettes grâce à l’accélération des flux commerciaux.

Les administrations douanières sont ainsi encouragées à adopter davantage de mécanismes de gestion des risques, reposant sur les données des opérateurs économiques, afin de cibler les contrôles sur les cargaisons à risque plutôt que de soumettre systématiquement toutes les marchandises aux mêmes inspections.

Depuis 2024, le Secrétariat de la ZLECAf déploie un vaste programme de renforcement des capacités des administrations douanières africaines. Conçu à partir des besoins exprimés par les États membres, ce programme couvre les cinq régions du continent et combine formations virtuelles et sessions en présentiel.

Pour 2026, huit activités de formation sont programmées. Elles sont menées en partenariat avec les instituts régionaux de formation douanière et l’Organisation mondiale des douanes, qui apporte notamment un appui technique pour la migration vers le Système harmonisé et le développement du certificat d’origine électronique.

À travers cette transformation numérique, la ZLECAf entend lever progressivement les obstacles qui freinent encore le commerce intra-africain et créer un environnement plus intégré, plus compétitif et plus favorable au développement des échanges sur le continent.

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