L’affaire impliquant trois membres d’une équipe de tournage interpellés dans le nord du Togo connaît une nouvelle évolution judiciaire. Dans un communiqué conjoint publié le 22 août 2026, les ministères de la Sécurité et de la Justice et des Droits humains ont précisé les circonstances de leur interpellation et réfuté toute assimilation de la procédure à une atteinte à la liberté de la presse.
Les trois personnes avaient été interpellées le 27 juillet 2026 à Matchatom, dans la préfecture de la Binah, alors qu’elles réalisaient des prises de vue, notamment à l’aide d’un drone dont les caractéristiques n’auraient pas été préalablement déclarées, selon les autorités.
Le 4 août, elles ont été conduites à Lomé par des éléments de la Brigade de recherche et d’investigation (BRI) de Kara, avec le matériel saisi, avant d’être présentées à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
L’enquête ouverte après leur interpellation a établi, selon le communiqué gouvernemental, que les trois personnes travaillaient sur le documentaire « Les Routes de l’impossible », produit par la société française Tony Comiti Productions.
L’équipe était composée de deux ressortissants français et d’un collaborateur togolais.
Les investigations ont par ailleurs révélé que les intéressés disposaient d’une autorisation de tournage délivrée le 19 juin 2026 par le ministère chargé du Tourisme, de la Culture et des Arts.
Cette autorisation avait toutefois été établie au nom de VEDOMEY Komi Mawufemo, producteur-réalisateur togolais et seul requérant identifié. Elle comportait, selon les autorités, plusieurs conditions relatives aux formalités administratives et aux zones concernées par les activités de tournage.
C’est précisément sur ce point que se concentre une partie des investigations.
D’après les autorités togolaises, certaines localités visitées par l’équipe ne figuraient pas dans le périmètre couvert par l’autorisation délivrée. Il s’agit notamment de Mango, dans la région des Savanes, de Guérin-Kouka et de Matchatom, où les trois personnes ont finalement été interpellées.
Les ministères de la Sécurité et de la Justice soulignent également que certaines de ces zones présentent une sensibilité particulière en matière de sécurité, dans le contexte de l’état d’urgence sécuritaire en vigueur dans le pays.
L’enquête aurait, par ailleurs, relevé plusieurs irrégularités dans la préparation et la réalisation du projet. Ces éléments ont été transmis à la juridiction compétente.
Sur le plan judiciaire, les autorités indiquent que les investigations ont fait apparaître des indices graves et concordants susceptibles de justifier des poursuites pour « fausses déclarations », une infraction prévue par l’article 680, 5° du nouveau Code pénal togolais.
Les trois intéressés ont été présentés au parquet le 17 août 2026, en présence de leur conseil. À l’issue de cette présentation, une information judiciaire a été ouverte.
Le même jour, un magistrat instructeur a procédé à leur inculpation pour fausses déclarations et délivré des mandats de dépôt à leur encontre.
La procédure se poursuit désormais devant le juge d’instruction.
Dans leur communiqué, les autorités togolaises tiennent toutefois à établir une distinction entre la procédure judiciaire et l’activité journalistique ou documentaire des personnes concernées.
Selon elles, les poursuites ne portent ni sur le contenu du documentaire ni sur l’exercice de la liberté de la presse. Elles concernent exclusivement le respect des dispositions administratives, réglementaires et sécuritaires applicables aux activités de tournage sur le territoire togolais.
Les trois personnes détenues bénéficient, selon le gouvernement, de l’assistance d’un avocat depuis le début de l’enquête préliminaire ainsi que de l’assistance consulaire française. Elles ont également été autorisées à communiquer avec leurs familles.
Les autorités assurent par ailleurs que les intéressés sont détenus dans des conditions conformes aux normes nationales et aux standards internationaux, notamment aux principes consacrés par les Règles Nelson Mandela.
À travers cette mise au point, les ministères concernés réaffirment leur attachement à l’État de droit, aux droits de la défense et à la présomption d’innocence.
Ils rappellent également que les règles encadrant les activités de tournage s’appliquent à tous les opérateurs, quelle que soit leur nationalité.
Alors que cette affaire avait suscité des interrogations sur les conditions d’exercice du travail journalistique et documentaire au Togo, le gouvernement entend donc la replacer sur le terrain administratif, réglementaire et judiciaire.
La suite de la procédure dépend désormais de l’instruction judiciaire, appelée à déterminer les responsabilités éventuelles et à établir définitivement les faits reprochés aux trois personnes concernées.














