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Longtemps associée aux villages riverains et aux zones rurales, l’onchocercose a profondément marqué l’histoire sanitaire du Togo. Transmise par les simulies, cette maladie parasitaire pouvait entraîner des lésions cutanées et, dans les cas les plus graves, une perte irréversible de la vision. Après plusieurs décennies de lutte, le pays entre désormais dans une phase décisive : démontrer que la transmission du parasite peut être durablement interrompue à l’horizon 2030.

Pendant des décennies, l’onchocercose, également appelée « cécité des rivières », a constitué un problème majeur de santé publique au Togo. Son agent responsable, Onchocerca volvulus, est transmis par les piqûres de simulies, de petits insectes qui se développent principalement dans les eaux rapides des cours d’eau.

L’exposition répétée aux piqûres peut provoquer des démangeaisons importantes, des lésions cutanées et des atteintes oculaires susceptibles, dans les formes avancées, de conduire à la cécité.

Face à l’ampleur de l’endémie, les autorités sanitaires togolaises ont progressivement mis en place une stratégie combinant lutte contre le vecteur et traitements antiparasitaires.

La distribution répétée d’ivermectine aux populations exposées a constitué l’un des principaux instruments de cette politique. Cette approche, soutenue par la mobilisation des agents de santé et des relais communautaires, a permis de réduire considérablement la circulation du parasite.

Selon les données issues des travaux consacrés à l’onchocercose au Togo, la maladie concernait autrefois plus de 73 % du territoire national. Les campagnes successives de traitement ont depuis entraîné un recul important de la prévalence dans de nombreuses zones.

Les enquêtes réalisées entre 2014 et 2017 faisaient déjà apparaître des niveaux d’infection très faibles dans plusieurs districts des régions Centrale, des Plateaux et Maritime.

Cette amélioration n’a toutefois pas été uniforme. Certains bassins fluviaux, notamment ceux de la Kéran, du Mô et de l’Oti, ont conservé des niveaux de transmission plus importants.

Ces foyers ont nécessité une surveillance renforcée et, dans certaines zones, une intensification de la distribution de l’ivermectine.

Les recherches scientifiques consacrées à l’expérience togolaise montrent ainsi que la stratégie doit désormais être adaptée aux caractéristiques de chaque foyer. Dans les zones où la transmission reste plus difficile à interrompre, des administrations semestrielles de l’ivermectine pourraient être nécessaires, tandis qu’un rythme annuel peut suffire dans d’autres secteurs.

Cette différence est déterminante dans la perspective de l’élimination.

Le principal défi du Togo n’est donc plus uniquement de faire baisser le nombre de personnes infectées. Il consiste désormais à prouver que le parasite ne circule plus de manière durable.

La distinction est importante. Une faible prévalence ne signifie pas nécessairement que la transmission a été interrompue. C’est pourquoi les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) prévoient une période de surveillance après l’arrêt des traitements de masse.

Cette surveillance associe notamment des enquêtes épidémiologiques et entomologiques destinées à vérifier l’absence de reprise de la transmission.

Le processus doit ensuite être documenté et soumis aux mécanismes internationaux de vérification avant qu’une élimination puisse être officiellement reconnue.

L’objectif fixé à 2030 s’inscrit dans la feuille de route mondiale de l’OMS consacrée aux maladies tropicales négligées. Celle-ci prévoit notamment une accélération des efforts pour interrompre la transmission de l’onchocercose dans les pays où les conditions sanitaires le permettent.

Pour le Togo, cette échéance marque donc une nouvelle étape dans une lutte engagée depuis plusieurs décennies.

Les campagnes de distribution de médicaments ont constitué le socle de la stratégie. La surveillance épidémiologique et entomologique devient désormais tout aussi déterminante. Il faut identifier les éventuels derniers foyers, mesurer leur évolution et s’assurer que les progrès enregistrés se maintiennent après la réduction ou l’arrêt des traitements de masse.

Cette phase finale est probablement la plus délicate. Lorsque la maladie est largement présente, les campagnes de traitement permettent de mesurer rapidement leur impact. Lorsque la transmission devient faible, en revanche, les derniers foyers peuvent être plus difficiles à détecter et à éliminer.

Le Togo doit donc conjuguer surveillance, traitement ciblé, mobilisation communautaire et expertise scientifique pour atteindre son objectif.

Après avoir consacré plusieurs décennies à réduire le poids de l’onchocercose, le pays entre ainsi dans une nouvelle séquence de sa politique de santé publique. Le défi n’est plus seulement de protéger les populations contre les conséquences de la maladie, mais de démontrer que son cycle de transmission peut être définitivement interrompu.

À l’horizon 2030, l’enjeu pour le Togo sera donc de transformer plusieurs décennies de progrès sanitaires en une élimination durable et vérifiable de l’onchocercose.

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