La libération, le 20 août 2026, de deux ressortissants russes détenus au Mali remet en lumière le rôle du Togo dans la résolution de dossiers sensibles au sein de la sous-région. Une démarche diplomatique dont l’un des précédents les plus marquants reste la médiation conduite par Faure Essozimna Gnassingbé dans la crise des militaires ivoiriens détenus à Bamako.
Dans une Afrique de l’Ouest confrontée à une succession de crises politiques, sécuritaires et diplomatiques, Lomé mise depuis plusieurs années sur le dialogue et les bons offices pour tenter de rapprocher des positions souvent difficiles à concilier. Le dossier des militaires ivoiriens détenus au Mali constitue, à cet égard, un cas emblématique de cette diplomatie de médiation.
L’affaire remonte à juillet 2022, lorsque 49 militaires ivoiriens sont arrêtés à leur arrivée à Bamako. Les autorités maliennes les accusent notamment d’être des « mercenaires », tandis qu’Abidjan affirme qu’ils étaient déployés dans le cadre d’une mission de soutien à la Mission des Nations unies au Mali.
L’affaire prend rapidement une dimension diplomatique et empoisonne les relations entre Bamako et Abidjan. Pendant plusieurs mois, les tentatives de règlement se multiplient, sans parvenir à débloquer durablement la situation.
C’est dans ce contexte que Faure Gnassingbé est sollicité pour assurer une médiation entre les deux parties. Le chef de l’État togolais engage alors des consultations avec Bamako et Abidjan et multiplie les contacts afin de trouver une issue négociée à la crise. En janvier 2023, il se rend personnellement au Mali puis en Côte d’Ivoire dans le cadre de ces efforts de médiation.
Cette médiation aboutit à une avancée majeure avec la signature, le 22 décembre 2022 à Bamako, d’un mémorandum d’entente entre le Mali et la Côte d’Ivoire, destiné notamment à favoriser l’apaisement des relations entre les deux pays.
Quelques semaines plus tard, le 6 janvier 2023, le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, accorde une grâce présidentielle aux militaires encore détenus. Le lendemain, les 46 soldats concernés quittent le Mali pour regagner la Côte d’Ivoire, après plus de six mois de détention.
Sur le chemin du retour, les militaires ivoiriens font une halte à Lomé où ils sont reçus par Faure Gnassingbé. Cette étape est présentée comme un geste de reconnaissance pour l’implication du président togolais dans le règlement de la crise.
L’épisode des militaires ivoiriens constitue depuis lors l’une des principales références de la diplomatie togolaise de médiation. Il montre surtout la capacité de Lomé à maintenir un dialogue avec des autorités maliennes alors que les relations entre Bamako et plusieurs partenaires régionaux étaient fortement dégradées.
Le rôle joué par Faure Gnassingbé dans ce dossier a également contribué à renforcer son image d’interlocuteur capable de parler à différents protagonistes des crises ouest-africaines. Le Monde relève ainsi que ses bons offices ont contribué à la libération des soldats ivoiriens retenus à Bamako et souligne son positionnement de médiateur régional.
Cette approche repose sur un principe simple : maintenir les canaux de communication ouverts, y compris lorsque les relations officielles sont tendues. Pour Lomé, la médiation ne consiste pas nécessairement à imposer une solution, mais à créer les conditions permettant aux parties de reprendre le dialogue et de parvenir à un compromis.
Cette expérience malienne n’est pas restée isolée. Le Togo s’est progressivement positionné sur plusieurs dossiers régionaux, notamment dans les crises liées aux transitions politiques en Afrique de l’Ouest.
Lomé a également été impliqué dans des démarches de facilitation concernant le Burkina Faso et le Niger. Le Togo a notamment tenté de contribuer à la résolution de dossiers impliquant des personnes détenues dans ces pays, confirmant la volonté de Faure Gnassingbé de conserver des canaux de discussion avec les autorités issues des changements politiques intervenus au Sahel.
Cette posture diplomatique s’est ensuite élargie au-delà de l’Afrique de l’Ouest. En 2025, l’Union africaine a confié à Faure Gnassingbé un rôle de médiateur dans les efforts visant à rapprocher la République démocratique du Congo et le Rwanda, deux pays engagés dans une crise sécuritaire majeure dans la région des Grands Lacs.
La libération, le 20 août 2026, de deux ressortissants russes détenus au Mali s’inscrit ainsi dans cette continuité. Présentés comme liés au groupe Wagner, les deux hommes avaient été capturés en juillet 2024 lors des combats de Tinzawaten, dans le nord du Mali.
Leur libération, qui aurait été facilitée par l’entremise de Faure Gnassingbé, donne une nouvelle visibilité à cette diplomatie fondée sur les contacts directs et la négociation.
L’intérêt de cette nouvelle intervention réside moins dans la nationalité des personnes libérées que dans le mécanisme diplomatique mobilisé : un interlocuteur régional capable de maintenir le dialogue avec des parties auxquelles d’autres acteurs ont parfois difficilement accès.
À travers ces différents dossiers, Lomé cherche à construire une diplomatie de facilitation. La libération de détenus constitue l’une de ses manifestations les plus concrètes, mais l’objectif affiché dépasse les seules questions de détention.
Il s’agit également de contribuer à la désescalade des tensions, de préserver les relations entre États et de favoriser la recherche de solutions négociées aux crises africaines.
La médiation des militaires ivoiriens reste, dans cette perspective, un précédent majeur. En quelques mois, le dossier était passé d’une crise diplomatique aiguë entre Bamako et Abidjan à la signature d’un accord, puis à la grâce et au retour des militaires ivoiriens. La séquence a consacré le rôle de Faure Gnassingbé comme facilitateur entre deux capitales alors engagées dans un bras de fer.
La récente libération des deux ressortissants russes vient donc prolonger cette image d’une diplomatie togolaise qui privilégie les passerelles plutôt que la confrontation.
De Bamako à d’autres capitales africaines, la stratégie de Lomé repose désormais sur un même fil conducteur : parler à tous, préserver le dialogue et utiliser la médiation comme un instrument de prévention des crises et de règlement pacifique des différends.














