Au Togo, l’organisation des terres agricoles connaît une transformation progressive. Dans plusieurs localités, les parcelles autrefois dispersées et parfois exposées aux conflits fonciers sont progressivement regroupées au sein d’espaces aménagés et sécurisés. Cette évolution repose notamment sur les Zones d’Aménagement Agricole Planifié (ZAAP), devenues un instrument majeur de la politique agricole nationale.
Lancée dans le cadre de la Feuille de route gouvernementale 2020-2025, l’initiative vise à répondre à plusieurs contraintes structurelles de l’agriculture togolaise, notamment la fragmentation des exploitations, la faible valorisation des terres et les difficultés d’accès aux infrastructures et aux équipements.
Le principe des ZAAP consiste à regrouper et à aménager des terres agricoles afin de créer des espaces de production mieux organisés. Cette approche facilite la planification des cultures, l’accès aux équipements et aux intrants, tout en renforçant la sécurité foncière.
Les résultats enregistrés au cours des dernières années témoignent de l’ampleur du dispositif. Plus de 234 ZAAP ont été créées, couvrant plus de 35 000 hectares de terres agricoles. À ces superficies s’ajoutent plusieurs milliers d’hectares de bas-fonds aménagés et de périmètres irrigués, notamment pour la production rizicole.
Sur le terrain, cette organisation contribue à réduire les conflits liés à l’utilisation des terres et à sécuriser les investissements des producteurs.
« Cette initiative a apporté un plus à notre localité. Comme avantage, il n’y a plus de conflits fonciers : chacun connaît ses limites », témoigne Komla Agbélémawussi Dzaka, producteur de riz dans les périmètres de Mission-Tové.
Pour les exploitants, cette sécurisation constitue un facteur important d’investissement. La possibilité de disposer de terres clairement délimitées et aménagées facilite la planification des activités et améliore les conditions de production.
Le dispositif des ZAAP s’appuie également sur la structuration des producteurs en coopératives. Environ 16 000 exploitants ont ainsi été regroupés afin de faciliter leur accès aux semences améliorées, aux engrais, au financement et aux débouchés commerciaux.
L’agriculture contractuelle complète ce mécanisme. Elle met en relation les producteurs, les agrégateurs et les acheteurs à travers des accords destinés à sécuriser à la fois l’accès aux intrants et la commercialisation des récoltes.
Dans ce modèle, les producteurs peuvent bénéficier d’intrants à crédit, tandis que la production est écoulée sur la base d’engagements préalablement définis. Les remboursements contribuent ensuite à alimenter des mécanismes de financement destinés à soutenir d’autres exploitants.
La modernisation des ZAAP repose également sur le développement des infrastructures. Les pistes rurales facilitent l’accès aux exploitations et l’évacuation des récoltes, tandis que les magasins de stockage contribuent à réduire les pertes post-récolte.
L’irrigation, les forages et les systèmes de pompage solaire renforcent par ailleurs la capacité des producteurs à faire face aux aléas climatiques et à réduire leur dépendance aux précipitations.
La mécanisation constitue un autre axe de cette transformation. Les producteurs installés dans les ZAAP bénéficient progressivement des services des Centres régionaux de mécanisation agricole et d’entreprises spécialisées.
Cette évolution permet d’améliorer la productivité tout en réduisant la pénibilité du travail agricole.
« Il y avait certains producteurs qui n’arrivaient même pas à travailler, mais avec l’arrivée de la ZAAP, tous ces gens maintenant font des champs. Celui qui n’a jamais récolté, même trois sacs, récolte maintenant 20 sacs », explique Sadik Gouyagando, président de la ZAAP de Tchokolo.
Le gouvernement entend désormais accélérer le déploiement et la modernisation du dispositif. Les perspectives annoncées prévoient la modernisation de plus de 230 ZAAP existantes, la création de 169 nouvelles zones et l’aménagement de plusieurs milliers d’hectares supplémentaires de bas-fonds.
À terme, l’ambition est de couvrir progressivement l’ensemble des cantons du pays afin de doter les différents territoires d’espaces agricoles structurés et productifs.
Le développement de ZAAP dites « d’excellence » devrait également permettre de diffuser les meilleures pratiques, d’améliorer les rendements et de renforcer la compétitivité des filières agricoles.
Au-delà d’un simple programme d’aménagement foncier, les Zones d’Aménagement Agricole Planifié s’imposent ainsi comme un outil de transformation structurelle de l’agriculture togolaise. En combinant sécurisation foncière, infrastructures, mécanisation, financement et accès aux marchés, elles contribuent à faire émerger un modèle agricole plus organisé, plus productif et mieux adapté aux défis climatiques et économiques.
Pour le Togo, l’enjeu est désormais de consolider cette dynamique afin de faire des ZAAP un véritable levier de souveraineté alimentaire, de création de revenus et de développement durable des territoires ruraux.














