La volonté de l’Afrique de construire un marché unique plus connecté et soutenu par le numérique franchit une nouvelle étape importante avec la mise en place du Corridor commercial numérique de la ZLECAf.
Signée à Accra le 31 août 2026, cette initiative vise à fournir des infrastructures et des services numériques capables d’aider les entreprises à commercer, effectuer des paiements, acheminer des marchandises et réaliser des transactions plus efficacement à travers les frontières africaines.
D’un marché numérique continental et de systèmes de paiement interopérables aux infrastructures logistiques et de négociation des matières premières, l’initiative affiche des ambitions considérables. Mais qu’est-ce qui a exactement été convenu, quelle est sa place au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et qu’est-ce que cela signifie pour le paysage du commerce numérique en Afrique, en pleine évolution ?
Voici cinq points essentiels à connaître sur le Corridor commercial numérique de la ZLECAf.
1. Qu’est-ce qui a été signé et par qui ?
Le 31 août 2026 à Accra, le Secrétariat de la ZLECAf et Quest Ghana Limited ont signé un accord de coentreprise établissant le Corridor commercial numérique de la ZLECAf.
Cet accord constitue l’aboutissement d’un processus qui avait notamment commencé par la signature d’un protocole d’accord (MoU) en mars 2026, suivie de l’approbation du projet par le Conseil des ministres de la République des Seychelles en juillet 2026.
Les Seychelles apportent leur soutien souverain à cette entreprise et accueilleront son siège à Victoria, faisant de l’archipel une importante base institutionnelle pour l’initiative.
L’accord de coentreprise fait franchir à l’initiative une étape au-delà du cadre de coopération établi précédemment et met en place la structure formelle à travers laquelle les parties entendent développer et exploiter le Corridor.

2. Que doit construire le Corridor commercial numérique ?
Au cœur du Corridor commercial numérique de la ZLECAf se trouve l’objectif de développer des infrastructures permettant de rendre le commerce transfrontalier en Afrique plus connecté sur le plan numérique.
La coentreprise devrait concevoir, développer et exploiter quatre capacités principales : une place de marché numérique ; des paiements transfrontaliers interopérables ; des services logistiques ; ainsi que des services de négociation, de suivi et de règlement pour les minerais et les matières premières à travers le continent.
Deux composantes particulièrement importantes mises en avant dans le cadre de l’initiative sont la création proposée de la Bourse africaine numérique des minerais et des matières premières (Digital African Minerals and Commodities Exchange) et d’un système continental de paiements transfrontaliers interopérables.
Ensemble, ces capacités visent à répondre à certains des besoins pratiques en matière d’infrastructures nécessaires pour mener des activités commerciales sur plusieurs marchés africains.
Pour les entreprises, notamment celles qui cherchent à se développer au-delà de leurs marchés nationaux, l’importance de cette initiative réside dans la possibilité de réunir différents éléments du processus commercial au sein d’un environnement numérique de plus en plus interconnecté.

3. Quelle est la place du Corridor dans l’Accord de la ZLECAf ?
Le Corridor commercial numérique n’est pas développé indépendamment du cadre juridique plus large de la ZLECAf.
S’exprimant lors de la cérémonie de signature à Accra, le Secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf, S.E. Wamkele Mene, a expliqué que l’accord établissait une relation juridique formelle pour la mise en œuvre du Protocole sur le commerce numérique.
Ce lien est important.
L’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine est entré en vigueur le 30 mai 2019, établissant le cadre d’un marché unique africain réunissant les 55 États membres de l’Union africaine.
Dans son ensemble, ce marché représente environ 1,4 milliard de personnes et un produit intérieur brut (PIB) cumulé d’environ 3 400 milliards de dollars américains, faisant de la ZLECAf la plus grande zone de libre-échange au monde en nombre de pays participants.
À mesure que sa mise en œuvre progresse, le commerce numérique devient un élément de plus en plus important des efforts visant à permettre aux entreprises de tirer concrètement parti du marché continental.
Le Corridor constitue donc une initiative axée sur les infrastructures, destinée à soutenir la mise en œuvre plus large des ambitions de l’Afrique en matière de commerce numérique dans le cadre de la ZLECAf.
4. Les chiffres de 5 milliards de dollars américains et pourquoi la distinction est importante
Un aspect potentiellement déroutant de l’annonce réside dans l’apparition de deux chiffres d’environ 5 milliards de dollars américains. Bien qu’ils soient similaires en valeur, ils désignent deux réalités très différentes.
Quest Ghana Limited évalue le projet de Corridor commercial numérique à 5,17 milliards de dollars américains.
Lors de la cérémonie de signature, le Secrétaire général a également fait état de plus de 5,1 milliards de dollars américains d’investissements du secteur privé mobilisés avec le soutien d’organisations gouvernementales.
Ce chiffre relatif aux investissements concerne les ressources mobilisées pour développer les infrastructures et les capacités envisagées dans le cadre de l’initiative.
Mais un autre chiffre de 5 milliards de dollars américains apparaît également.
Le Secrétaire général a estimé séparément que le coût des paiements liés au commerce intra-africain dépasse 5 milliards de dollars américains chaque année.
La distinction est donc importante : le premier chiffre concerne les investissements mobilisés pour le projet, tandis que le second représente une estimation du coût annuel récurrent associé aux paiements liés au commerce intra-africain.
L’ampleur des investissements reflète également le défi plus large auquel l’Afrique est confrontée en matière d’infrastructures.
Comme l’a souligné le Secrétaire général à Accra, le continent aura besoin de « milliards et de milliards de dollars », provenant à la fois des secteurs privé et public, pour construire les infrastructures numériques nécessaires à la transformation du commerce africain.
La réduction du coût et de la complexité des paiements transfrontaliers pourrait, par conséquent, avoir des implications considérables pour les entreprises qui commercent dans le cadre de la ZLECAf.

5. Ce que le Corridor ne change pas
Si le Corridor commercial numérique vise à améliorer les infrastructures numériques du commerce transfrontalier, il ne retire pas aux banques centrales nationales leur compétence en matière de détermination des taux de change.
Cette responsabilité demeure fermement entre les mains des banques centrales concernées.
« Nous n’avons pas retiré aux banques centrales leur pouvoir d’accomplir cette tâche très importante », a expliqué le Secrétaire général lors de la cérémonie de signature.
Il a indiqué que 21 banques centrales utilisent déjà le système continental de paiement, chacune d’entre elles déterminant son propre taux de change.
Cette distinction est importante, car le Corridor commercial numérique est conçu pour fournir des infrastructures facilitant les transactions, et non pour remplacer les responsabilités de politique monétaire des États africains et de leurs banques centrales.
La coentreprise sera donc chargée de concevoir, développer et exploiter les infrastructures concernées, tandis que les prérogatives nationales existantes en matière de détermination des taux de change resteront pleinement préservées.
Le Corridor commercial numérique n’est pas non plus présenté comme l’unique solution de l’Afrique aux défis liés aux paiements transfrontaliers.
Comme l’a souligné le Secrétaire général, la ZLECAf soutient « une multiplicité de solutions » pour répondre au coût des paiements associés au commerce intra-africain.
Construire les fondations numériques d’un marché africain unique
La mise en place du Corridor commercial numérique de la ZLECAf intervient alors que l’Afrique passe de la négociation des règles régissant sa zone de libre-échange continentale à la construction des systèmes et des infrastructures nécessaires pour donner à ces règles une application concrète.
L’ambition est considérable : connecter les marchés, les paiements, la logistique et le commerce des matières premières grâce à des infrastructures numériques capables de fonctionner au-delà des frontières.
Toutefois, son importance réelle se mesurera à l’aune de sa mise en œuvre et de la capacité des infrastructures développées à se traduire par une réduction des coûts de transaction, un commerce transfrontalier plus efficace et davantage d’opportunités pour les entreprises africaines de participer au marché continental.
Pour les entrepreneurs, les PME, les entreprises établies et les investisseurs africains, c’est là que le potentiel du Corridor commercial numérique pourrait, en définitive, prendre toute son importance.













