Cinq ans après son lancement, la Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) ne se résume plus à ses unités de production. Son développement génère une demande croissante en transport, maintenance, construction, logistique et services, avec l’enjeu de renforcer les liens entre les industriels et les entreprises togolaises.
La Plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) veut désormais être plus qu’un espace accueillant des usines. Avec 22 installations industrielles achevées et cinq autres en construction, selon les données du document de référence, le site fait progressivement émerger un écosystème de fournisseurs et de prestataires autour des unités de production.
Le principe était inscrit dans la conception même de la plateforme, lancée en juin 2021 comme un parc industriel intégré. Agro-industrie, textile, automobile, pharmacie, cosmétique, emballage ou recyclage : l’objectif est de développer des chaînes de valeur et d’accroître la part de valeur ajoutée créée localement.
L’impact économique d’une implantation industrielle ne se mesure pas uniquement aux emplois créés directement. Une usine doit s’approvisionner, transporter ses produits, entretenir ses équipements, assurer sa sécurité et recourir à de multiples services.
Le transport et la logistique constituent ainsi des maillons essentiels. L’acheminement des matières premières et l’expédition des produits finis génèrent des besoins en camionnage, stockage, manutention et transit. La présence d’un port sec et d’infrastructures logistiques renforce cette vocation. La première configuration de la PIA prévoyait notamment un parking d’environ 800 camions.
La maintenance constitue un autre marché pour les entreprises locales. Électricité industrielle, mécanique, automatisation, froid ou plomberie nécessitent des interventions régulières et des compétences spécialisées. La multiplication des unités de production peut ainsi élargir les débouchés des PME togolaises capables de répondre aux exigences du secteur industriel.
L’expérience du chantier de la plateforme illustre déjà cette diffusion. Le promoteur fait état de 228 emplois directs et 1 405 emplois indirects générés depuis le début de la construction, notamment par les entreprises de BTP et de services intervenant sur le site. La majorité de ces entreprises seraient togolaises. Ces données ne prennent toutefois pas en compte les emplois générés par les investisseurs installés sur la plateforme.
L’enjeu est désormais de transformer ces relations ponctuelles en partenariats durables entre industriels et entreprises nationales. Le gouvernement avait identifié cette intégration au tissu économique comme l’une des conditions de réussite de sa stratégie industrielle.
L’agro-industrie constitue à cet égard un terrain privilégié. La PIA a notamment été développée autour de filières comme le coton, le soja et le sésame. En 2022, les autorités indiquaient avoir collecté 150 000 tonnes de soja destinées notamment à la transformation locale. La plateforme avait également conclu un accord avec l’Institut togolais de recherche agronomique (ITRA) pour l’acquisition de semences destinées à la chaîne de valeur soja.
Cette organisation rapproche les industriels des producteurs et fournisseurs situés en amont. Elle crée des besoins en collecte, stockage, transport, conditionnement et contrôle de la qualité.
Le textile offre une autre illustration. Le parc textile affiche des capacités annuelles annoncées de 16,8 millions de tee-shirts, 16,8 millions de polos et 4,2 millions de leggings. Une telle production mobilise nécessairement des services de logistique, d’approvisionnement, de maintenance et de commercialisation.
Pour les PME togolaises, travailler avec les industriels représente également une opportunité de montée en gamme. Répondre aux exigences de délais, de qualité, de sécurité et de traçabilité peut leur permettre d’acquérir des standards et des compétences nécessaires pour accéder à d’autres marchés.
Cette intégration répond à un enjeu plus large de transformation de l’économie togolaise. La Banque mondiale relevait en 2022 que la majorité des exportations du pays demeuraient non transformées ou constituées de matières premières. Le développement des industries locales doit donc permettre de retenir davantage de valeur sur le territoire.
Les données commerciales illustrent l’ampleur du défi : en 2023, les matières premières représentaient près de 30 % des exportations togolaises, tandis que les biens intermédiaires comptaient pour environ 20 %. À l’importation, les biens intermédiaires représentaient près de 29 % et les biens de consommation plus de 42 %.
L’objectif de la PIA ne consiste donc pas seulement à multiplier les usines. Il s’agit aussi de faire circuler davantage de valeur dans l’économie nationale en permettant aux entreprises togolaises de fournir une part croissante des intrants, biens et services nécessaires à l’activité industrielle.
Avec des activités couvrant notamment l’agroalimentaire, le textile, la chimie, la transformation de la noix de cajou, le recyclage, la pharmacie, l’assemblage automobile, l’emballage et le solaire, la plateforme dispose d’un potentiel important pour développer ces connexions.
Le véritable impact économique de la PIA se jouera ainsi au-delà de ses clôtures : dans sa capacité à faire émerger un réseau durable de fournisseurs, de prestataires et de PME togolaises capables de capter une part croissante de la valeur générée par l’industrie.













