La bataille autour de l’interprétation de l’arrêt rendu fin janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO se poursuit au Togo. Alors qu’une partie de l’opposition s’appuie sur cette décision pour réclamer une transition politique, le parti au pouvoir, Union pour la République (UNIR), défend une lecture radicalement différente : l’arrêt communautaire ne remettrait pas en cause les institutions issues de la réforme constitutionnelle de 2024.
Cette position a été réaffirmée lundi 31 août par Kanka-Malick Natchaba, délégué national de la Jeunesse UNIR, lors de l’émission Club de la Presse. Pour le responsable politique, les acteurs togolais doivent s’en tenir aux conséquences explicitement formulées par la juridiction communautaire, sans leur attribuer une portée que celle-ci n’aurait pas consacrée.
« Nous invitons les différents acteurs à tirer les conséquences que la Cour elle-même a annoncées dans la décision », a-t-il déclaré, estimant que celles-ci concernent notamment les futures réformes constitutionnelles et institutionnelles.
Pour le parti présidentiel, la décision de la Cour porte sur les conditions dans lesquelles la révision constitutionnelle de 2024 a été conduite, mais ne prononce ni l’annulation de la Constitution révisée ni la dissolution des institutions actuellement en fonction.
« La vie des institutions se nourrit des règles internes et ces règles n’ont pas été remises en cause par la décision de la Cour de justice de la CEDEAO », a insisté Kanka-Malick Natchaba.
Cette lecture conduit logiquement UNIR à rejeter les appels à une transition politique formulés par plusieurs acteurs de l’opposition. Ces derniers ont récemment présenté un mémorandum proposant notamment l’ouverture d’un processus de transition et le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Pour la majorité, une telle évolution ne saurait découler automatiquement de l’arrêt de la juridiction communautaire en l’absence de disposition prescrivant explicitement la suspension ou le remplacement des institutions togolaises.
UNIR récuse également l’idée selon laquelle la réforme constitutionnelle de 2024 aurait été conçue pour empêcher l’alternance politique. Kanka-Malick Natchaba défend plutôt le principe d’une conquête du pouvoir par les mécanismes électoraux.
Selon lui, la légitimité des institutions actuelles repose notamment sur le Parlement issu du suffrage des citoyens. Dans cette logique, l’alternance doit continuer à se jouer à travers les élections et non par l’instauration d’un mécanisme politique exceptionnel.
L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO demeure ainsi au centre d’une profonde divergence d’interprétation entre le pouvoir et une partie de l’opposition.
D’un côté, l’opposition y voit un fondement juridique susceptible de justifier une remise à plat de l’ordre institutionnel et l’ouverture d’une transition. De l’autre, UNIR considère que la décision constitue avant tout un rappel à l’ordre concernant les futures réformes, sans effet automatique sur les institutions en place.
Cette divergence dépasse désormais le seul débat juridique. Elle touche directement à la lecture de l’ordre constitutionnel togolais, à la légitimité des institutions et aux modalités de l’alternance politique. Autant de questions qui devraient continuer à alimenter le débat public dans les prochains mois.













