Paul Koka, coordonnateur de l’Unité nationale de mise en œuvre du Cadre intégré renforcé (CIR) au Togo, explique comment les exportations de soja stimulent l’emploi, l’investissement et une croissance inclusive. Comment cette filière a-t-elle réussi à saisir les opportunités du marché international ?
Jusqu’en 2015, la filière soja au Togo présentait un fort potentiel, mais demeurait encore peu développée. La production annuelle était inférieure à 25 000 tonnes, les producteurs étaient insuffisamment organisés, l’accès aux semences certifiées restait limité, les capacités de transformation étaient faibles et les financements difficiles à mobiliser.
Pour de nombreux petits producteurs, notamment les femmes et les jeunes, la demande mondiale croissante de produits à base de soja représentait une opportunité. Toutefois, la filière n’était pas encore suffisamment structurée pour en tirer pleinement profit.
Quels changements étaient nécessaires ?
Il fallait renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur. Les producteurs devaient accéder à de meilleures semences et à des techniques culturales améliorées. Les coopératives avaient besoin d’une organisation plus efficace, tandis que les transformateurs devaient accroître leurs capacités de production. Les exportateurs, de leur côté, devaient développer leurs relations avec les marchés internationaux.
À l’échelle de la filière, il était également nécessaire d’améliorer la coordination entre les acteurs, l’accès au financement et le respect des normes de qualité.
L’objectif était clair : faire passer la production de soja d’une activité essentiellement de subsistance à une chaîne de valeur commerciale compétitive.
Quelle approche le projet a-t-il adoptée ?
Le projet a considéré le soja comme un véritable écosystème économique. Entre 2015 et 2019, il a mis en œuvre une approche intégrée portant simultanément sur la production, l’organisation des acteurs, la transformation, le financement et l’accès aux marchés.
Plus de 112 tonnes de semences certifiées ont été distribuées à plus de 200 coopératives. Par ailleurs, plus de 25 000 producteurs ont été formés aux techniques agricoles améliorées.
Les acteurs de la filière ont également été structurés en coopératives et réunis au sein du Conseil interprofessionnel de la filière soja du Togo (CIFS-Togo), regroupant producteurs, transformateurs et exportateurs. Cette organisation a contribué à une meilleure coordination des activités et à une orientation plus affirmée de la filière vers les marchés d’exportation.
Quels bénéfices pour les producteurs ?
Les producteurs ont accru leurs rendements, amélioré leurs revenus et renforcé leurs liens avec les marchés. Grâce à l’utilisation de semences de meilleure qualité et à l’adoption de pratiques agricoles améliorées, les rendements ont atteint entre 2 et 3 tonnes à l’hectare.
La production est passée d’environ 24 500 tonnes en 2015 à plus de 42 500 tonnes en 2018, avant de progresser jusqu’à environ 300 000 tonnes.
Cette évolution ne s’est pas limitée à l’augmentation des volumes. Elle s’est également traduite par une amélioration des revenus. Environ 68 % des producteurs ont déclaré une hausse de leurs revenus supérieure à 50 %, tandis que près de 90 % ont constaté une amélioration globale de leur situation économique.
Comment les exportations ont-elles évolué ?
Grâce à cette dynamique, le soja s’est imposé parmi les principales exportations du Togo. Les produits issus de la filière togolaise ont conquis des marchés en Europe, en Asie et dans d’autres régions du monde.
En 2020, le Togo est devenu le premier exportateur de soja biologique vers l’Union européenne, devant la Chine et l’Inde.
Le soja figure depuis parmi les dix principaux produits d’exportation du pays. Cette performance illustre la capacité d’une stratégie ciblée de développement de la chaîne de valeur à transformer une filière jusque-là peu exploitée en un véritable moteur du commerce extérieur.
Quel impact sur l’emploi ?
Le développement de la filière a entraîné une forte progression de l’emploi. Le nombre d’emplois liés à la chaîne de valeur du soja est passé d’environ 10 000 à près de 300 000, selon les chiffres présentés dans le bilan du projet.
Les retombées concernent les producteurs, les transformateurs, les commerçants, les transporteurs et les prestataires de services.
Les femmes et les jeunes figurent parmi les principaux bénéficiaires de cette évolution, avec de nouvelles possibilités d’activité dans la production, la transformation et la commercialisation.
Au-delà de l’agriculture, une dynamique d’investissement
La progression de la production a favorisé le développement des capacités locales de transformation et renforcé l’attractivité du secteur pour les investisseurs.
Cette dynamique a notamment contribué à attirer un investissement de 25 millions de dollars de l’entreprise Togo Soja pour la mise en place d’une unité moderne de transformation, dotée d’une capacité de traitement de 50 000 tonnes de soja.
Cette évolution constitue une étape importante pour l’économie togolaise. L’enjeu n’est plus seulement d’exporter davantage de soja brut, mais aussi d’accroître la valeur ajoutée créée localement grâce à la transformation industrielle.
Pourquoi cette transformation a-t-elle réussi ?
La réussite de la filière repose sur une approche globale qui a permis d’agir simultanément sur la production, la transformation, le financement, l’organisation des acteurs et l’accès aux marchés.
Le renforcement de la coordination, notamment à travers les structures interprofessionnelles, a amélioré la gouvernance de la filière et sa capacité à répondre aux opportunités commerciales.
La principale leçon est qu’une chaîne de valeur développée comme un système intégré peut produire des effets plus importants et plus durables sur l’économie.
Quels défis pour l’avenir ?
Le financement et l’investissement restent déterminants. Si le projet a contribué à améliorer l’accès au crédit, la poursuite de la croissance dépendra de financements durables, de l’extension des capacités de transformation et du maintien des efforts en matière de qualité, de certification et d’accès aux marchés.
Pour consolider ses performances, la filière soja togolaise doit désormais franchir une nouvelle étape : passer du succès à l’exportation à une création accrue de valeur ajoutée sur le territoire national.
Source: OMC













