Le Secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) veut faire du secteur privé un moteur central de l’intégration économique du continent. À travers le développement de chaînes de valeur régionales, l’institution entend stimuler la production locale, accroître les échanges intra-africains et favoriser la création d’emplois.
La réussite de la ZLECAf ne dépendra pas uniquement de la suppression progressive des barrières commerciales. Elle reposera également sur la capacité des entreprises africaines à produire, investir et commercer à l’échelle du continent.
C’est le constat dressé par Themba Khumalo, Directeur du secteur privé et des chaînes de valeur au Secrétariat de la ZLECAf, dans le cadre du podcast de l’institution. Selon lui, les grandes entreprises comme les petites et moyennes entreprises (PME) doivent pouvoir tirer pleinement parti de l’ouverture progressive du marché africain.
Pour accélérer cette dynamique, le Secrétariat travaille avec les États parties, le secteur privé et les partenaires au développement à l’identification de chaînes de valeur susceptibles de renforcer les capacités productives africaines.
Quatre secteurs ont notamment été identifiés comme prioritaires : l’automobile, l’agriculture et l’agro-industrie, les produits pharmaceutiques, ainsi que le transport et la logistique.
Ces filières présentent un double intérêt : développer la production africaine et réduire la dépendance du continent à l’égard des importations, notamment dans des secteurs où l’Afrique dispose d’un potentiel important.
L’approche défendue par la ZLECAf consiste à favoriser des réseaux de production transfrontaliers plutôt qu’à rechercher une concentration de l’ensemble des activités industrielles dans un seul pays.
Le secteur automobile constitue à cet égard l’un des exemples les plus significatifs.
Selon Themba Khumalo, les pays africains peuvent se spécialiser dans la fabrication de différents composants et produits intermédiaires destinés aux unités d’assemblage implantées ailleurs sur le continent.
Cette organisation permettrait de créer des économies d’échelle, d’augmenter le contenu local et d’intégrer les PME dans des chaînes de production régionales.
La finalisation des règles d’origine applicables au secteur automobile est présentée comme une avancée importante. Ces règles doivent permettre de déterminer les conditions dans lesquelles un produit peut bénéficier des préférences commerciales prévues par la ZLECAf et donner davantage de visibilité aux industriels.
Malgré ses importantes ressources agricoles, l’Afrique continue d’importer une part considérable des produits alimentaires qu’elle consomme. Pour la ZLECAf, l’enjeu consiste donc à renforcer la transformation locale et les échanges de produits agricoles à valeur ajoutée.
Le Secrétariat travaille notamment à l’élaboration d’un Plan d’action pour le commerce agricole, destiné à faciliter les échanges transfrontaliers, favoriser la création de valeur et réduire les obstacles non tarifaires qui ralentissent encore la circulation des produits.
L’objectif est de passer progressivement d’un modèle largement fondé sur l’exportation de matières premières à des chaînes de valeur permettant de produire, transformer et commercialiser davantage en Afrique.
Le développement d’une industrie pharmaceutique africaine figure également parmi les priorités. La ZLECAf entend contribuer à renforcer la production locale grâce notamment à une meilleure harmonisation des réglementations, à l’amélioration de l’accès aux marchés et au renforcement de la coopération entre les pays.
Mais l’intégration industrielle ne pourra être durable sans infrastructures et services logistiques performants.
La réduction des coûts de transport, la fluidité des opérations aux frontières et l’amélioration des chaînes logistiques sont indispensables pour permettre aux entreprises africaines de rester compétitives sur un marché continental.
La stratégie de la ZLECAf ne se limite pas aux grands groupes industriels. Les PME, notamment celles dirigées par des femmes et des jeunes, sont appelées à occuper une place importante dans les nouvelles chaînes de valeur.
Le Secrétariat travaille notamment avec la Mastercard Foundation sur des initiatives visant à renforcer les capacités des PME féminines et de jeunes entrepreneurs dans l’agro-industrie et à faciliter leur participation au commerce transfrontalier.
L’objectif est de permettre aux petites entreprises de devenir des fournisseurs de biens, de services, de composants et de produits intermédiaires pour les grandes entreprises et les marchés régionaux.
Cette approche pourrait également contribuer à mieux répartir les bénéfices de l’intégration économique et à faire du marché continental un levier de développement pour les entreprises de toutes tailles.
Pour le Secrétariat de la ZLECAf, la réussite de l’intégration économique africaine ne pourra toutefois être portée par les seuls gouvernements.
Les industriels, les associations professionnelles, les investisseurs et les institutions de financement du développement doivent participer à la définition des politiques industrielles, à l’élaboration des règles d’origine, à la mobilisation des investissements et à l’accès au financement.
La logique est désormais de passer d’une ZLECAf conçue comme un cadre de libéralisation commerciale à une ZLECAf comme plateforme de production et d’investissement.
Le développement de chaînes de valeur régionales doit ainsi permettre aux économies africaines de mieux exploiter leurs complémentarités, de réduire leur dépendance extérieure et d’accroître leur compétitivité.
Pour le Secrétariat de la ZLECAf, l’enjeu de la prochaine étape est donc clair : faire du marché continental un espace où les entreprises africaines ne se contentent plus de vendre davantage, mais produisent davantage ensemble. À terme, l’ambition est de transformer l’intégration commerciale en investissements, en emplois et en croissance industrielle inclusive.














