À travers la transformation des graines de néré en moutarde, la SCOOPS Hezouwè d’Aramada valorise un savoir-faire local et diversifie les activités économiques des femmes. Une démarche qui ouvre des perspectives d’adaptation dans une communauté rurale confrontée aux effets du dérèglement climatique.
Tchikawa, Binah — Dans les communautés rurales, l’adaptation au changement climatique peut aussi prendre la forme d’initiatives simples, construites autour des ressources disponibles localement. À Tchikawa, dans la préfecture de la Binah, la SCOOPS Hezouwè d’Aramada mise notamment sur la valorisation du néré, dont les graines sont transformées en moutarde destinée à la commercialisation. Cette activité illustre une approche de résilience fondée sur la diversification économique et la valorisation des ressources locales. Elle s’inscrit dans les préoccupations retenues pour la visite de terrain consacrée à la coopérative : comprendre ses activités, les effets du changement climatique sur son environnement et ses moyens de subsistance, ainsi que les mesures mises en œuvre pour poursuivre ses activités.
La transformation du néré en moutarde repose sur un procédé maîtrisé par les transformatrices.
Tout commence par l’acquisition des graines sur les marchés. Elles sont d’abord vannées pour éliminer les déchets, puis lavées. Les grains sont ensuite pilés afin de retirer les pulpes et les coques et de récupérer les cotylédons. Après un nettoyage minutieux, les cotylédons sont placés dans des paniers et recouverts de tissus propres. Cette étape permet d’engager la fermentation. Le deuxième jour, les cotylédons sont à nouveau pilés. De la cendre de néré est ajoutée avant que le mélange ne soit travaillé jusqu’à obtenir une pâte molle. La préparation est ensuite couverte afin de poursuivre la fermentation. Le lendemain, les transformatrices vérifient le goût de la pâte. Lorsqu’elle devient suffisamment douce, elle est façonnée en petites boules puis mise à sécher sur des supports fabriqués à partir de branches de palmier à huile. Une fois bien séchées, ces boules sont vendues sur les marchés. C’est ce produit séché qui constitue la moutarde de néré. Si le goût recherché n’est pas encore obtenu, la pâte reste en fermentation jusqu’à ce qu’elle atteigne le niveau souhaité avant le façonnage et le séchage.
Dans un contexte de changement climatique, les activités économiques directement dépendantes des conditions naturelles peuvent devenir plus incertaines. La diversification apparaît alors comme une stratégie permettant aux ménages de mieux absorber les périodes difficiles. La transformation du néré offre ainsi aux membres de la coopérative une activité complémentaire autour d’une ressource locale. Elle permet de passer de la simple collecte d’une matière première à la création d’un produit fini susceptible d’être commercialisé. Le néré devient ainsi un maillon d’une économie locale de résilience : une ressource naturelle, un savoir-faire, une transformation et, au bout de la chaîne, un revenu.
La valorisation du néré ne doit pas conduire à une exploitation qui fragiliserait la ressource. À l’inverse, la protection des arbres existants, leur régénération et les actions de restauration des paysages peuvent contribuer à assurer la disponibilité future des graines. La transformation de la graine en moutarde place les femmes au cœur de la chaîne de valeur. De la préparation des cotylédons à la fermentation, du façonnage au séchage et à la commercialisation, leur savoir-faire constitue le principal moteur de cette activité. Cette réalité rejoint également l’un des axes de la visite de terrain : mettre en lumière l’effort et la résilience des femmes de la coopérative dans le contexte de l’année internationale de la femme agricultrice 2026.
L’expérience de la SCOOPS Hezouwè présente donc un potentiel intéressant en matière d’adaptation, mais elle ne constitue pas à elle seule une réponse à l’ensemble des défis climatiques. La pérennisation de la filière suppose notamment de préserver la ressource, d’améliorer les conditions de transformation et de séchage, de renforcer l’accès aux marchés et de mieux valoriser le produit. Elle dépend également de la capacité de la coopérative à poursuivre ou renforcer les actions de reboisement et de restauration des paysages, question explicitement inscrite au programme de la visite.
À l’heure où les changements climatiques imposent aux communautés rurales de repenser leurs moyens de subsistance, l’expérience de la SCOOPS Hezouwè montre qu’une partie des réponses peut se trouver dans les ressources du territoire et les savoir-faire des populations.
De la graine achetée au marché jusqu’à la boule de moutarde séchée destinée à la vente, les femmes transforment une ressource locale en opportunité économique. La véritable force de cette initiative réside donc moins dans la moutarde elle-même que dans le modèle qu’elle révèle : valoriser localement, diversifier les revenus et préserver les ressources dont dépend l’activité.
À Tchikawa, le néré pourrait ainsi devenir davantage qu’un produit traditionnel : un outil de résilience économique et, à condition que la ressource soit durablement préservée, un élément d’une stratégie locale d’adaptation au changement climatique.
Jean-Marc Edron














