Après plusieurs années consacrées aux négociations et à la mise en place du cadre juridique, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) aborde une phase décisive : celle de la mise en œuvre. Le Secrétariat appelle désormais les États, les entreprises, les institutions financières et les autres acteurs économiques à transformer les engagements pris en opportunités concrètes pour les populations et les entreprises africaines.
Le temps des négociations laisse progressivement place à celui de l’action. Pour le Secrétariat de la ZLECAf, l’accord commercial historique du continent est désormais confronté à son principal défi : produire des effets tangibles sur les économies africaines et améliorer concrètement les conditions d’exercice des entreprises et des commerçants.
S’exprimant dans le cadre du podcast de la ZLECAf, le directeur de la Coordination et des Programmes du Secrétariat, Dr Tsotetsi Makong, estime que les années de négociations ont permis de construire les fondations nécessaires à l’intégration commerciale africaine.
« Nous avons passé les quatre ou cinq dernières années en cuisine… il est maintenant temps d’en sortir et de servir le repas », a-t-il déclaré, résumant ainsi le changement de priorité : faire de la mise en œuvre effective de l’accord le principal chantier de la période à venir.
Pour le responsable de la ZLECAf, le continent dispose aujourd’hui d’un ensemble d’instruments juridiques destinés à répondre à ses propres défis économiques. Parmi eux figurent notamment le Protocole sur les femmes et les jeunes dans le commerce et le Protocole sur le commerce numérique.
Ces nouveaux instruments doivent permettre d’intégrer davantage les femmes et les jeunes dans les échanges continentaux et d’adapter le marché unique africain aux transformations liées à la digitalisation de l’économie.
Mais pour le Secrétariat, l’adoption de ces instruments ne constitue qu’une étape. Leur efficacité dépendra désormais de leur traduction dans les politiques nationales et dans les pratiques commerciales.
La mise en œuvre de la ZLECAf ne relève plus du seul Secrétariat continental. « Chacun a un rôle à jouer », a insisté Tsotetsi Makong.
Les gouvernements, les communautés économiques régionales, les institutions de financement du développement, le secteur privé, les organisations de la société civile et les partenaires au développement sont ainsi appelés à contribuer à la construction effective du marché unique africain.
Pour accompagner cette transition, le Secrétariat a adopté une stratégie de mise en œuvre sur cinq ans. Celle-ci vise notamment à renforcer les capacités techniques, administratives, institutionnelles, réglementaires et infrastructurelles des États parties.
Plus de 30 pays ont déjà élaboré des stratégies nationales de mise en œuvre. Des Comités nationaux de mise en œuvre doivent également assurer le pilotage de l’application de l’accord au niveau national.
L’un des principaux enjeux de la phase actuelle concerne les micro, petites et moyennes entreprises (MPME), qui constituent l’essentiel du tissu économique africain. Une attention particulière est accordée aux entreprises dirigées par des femmes et des jeunes.
Le Secrétariat entend faciliter leur accès au commerce transfrontalier en réduisant les obstacles administratifs et réglementaires qui freinent encore les échanges.
La démarche consiste notamment à renforcer la sensibilisation des opérateurs économiques, améliorer les cadres réglementaires, développer les chaînes de valeur régionales et faciliter l’accès au financement.
L’objectif est de rendre la ZLECAf plus accessible aux entreprises, en transformant les dispositions juridiques de l’accord en mécanismes simples et utilisables par les acteurs économiques.
Pour Tsotetsi Makong, la réussite de la ZLECAf ne devra pas être évaluée au nombre de textes adoptés ou d’accords conclus, mais à partir des bénéfices réellement observés sur le terrain.
« Il ne s’agit pas seulement de règles, mais d’impact », a-t-il souligné.
Cet impact devra notamment se traduire par un accès accru au financement, des procédures douanières et frontalières plus simples, une meilleure circulation des marchandises et un renforcement des capacités des administrations nationales chargées de l’application de l’accord.
Pour accélérer le processus, le Secrétariat mise également sur une approche collaborative résumée par les « 4C » : co-conceptualiser, co-concevoir, co-créer et co-mettre en œuvre.
Cette démarche vise à associer étroitement les gouvernements et les partenaires au développement à la définition et à l’exécution des programmes, tout en veillant à ce que les priorités africaines restent au centre des interventions.
Conscient des contraintes en ressources humaines auxquelles il fait face au regard de l’ampleur de son mandat continental, le Secrétariat mise sur l’engagement politique des dirigeants africains pour maintenir la dynamique et accélérer l’application de l’accord.
Au-delà de la libéralisation des échanges, la ZLECAf est présentée comme un instrument stratégique pour renforcer la résilience économique du continent face aux incertitudes de l’économie mondiale.
« La seule véritable assurance économique dont dispose l’Afrique est la ZLECAf », a estimé Tsotetsi Makong, mettant en avant son potentiel pour accroître le commerce intra-africain, développer les chaînes de valeur régionales et favoriser la création d’emplois.
Le défi est désormais clairement posé : faire passer la ZLECAf du cadre juridique à la réalité économique. Pour les États africains, il s’agit de traduire les engagements continentaux dans les politiques nationales, tandis que les entreprises doivent pouvoir accéder plus facilement aux marchés, au financement et aux chaînes de valeur régionales.
Après les années de négociation, l’heure est donc à l’exécution. Le marché unique africain ne sera véritablement une réalité que lorsque les entreprises, les producteurs et les commerçants pourront en mesurer directement les bénéfices.














