Instauré en 1978 pour répondre aux besoins urgents en personnel enseignant, le Certificat d’Aptitude Pédagogique (CAP) disparaît du dispositif de recrutement et de titularisation des enseignants au Togo. La décision, officialisée par l’arrêté n°320/MEN/CAB/SG/DExCC du 23 octobre 2026, s’inscrit dans une politique de professionnalisation du métier, fondée désormais sur des formations initiales qualifiantes et l’acquisition de compétences pédagogiques adaptées aux exigences actuelles de l’éducation.
Le système éducatif togolais tourne une page de son histoire. Par arrêté signé le 23 octobre dernier par le ministre de l’Éducation nationale, les examens du Certificat d’Aptitude Pédagogique (CAP) sont supprimés. Cette mesure met fin à un dispositif qui a accompagné pendant près de cinq décennies le recrutement et la qualification d’une partie des enseignants du pays.
Toutefois, cette décision ne remet pas en cause les acquis des enseignants déjà titulaires du certificat. Selon les précisions apportées par le Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, les détenteurs du CAP du premier et du deuxième degré conservent pleinement leurs droits et poursuivent normalement leur carrière. Il souligne également que la mesure concerne exclusivement le Certificat d’Aptitude Pédagogique et non le Certificat d’Aptitude Professionnelle, qui sanctionne une formation aux métiers techniques.
Un dispositif hérité des besoins de l’école togolaise
La suppression du CAP s’inscrit dans une évolution historique du système de formation des enseignants. Son institution remonte à l’arrêté du 12 avril 1978, adopté dans le contexte de la réforme de l’enseignement engagée par l’ordonnance du 6 mai 1975.
La démocratisation progressive de l’accès à l’école avait alors entraîné une augmentation importante des effectifs scolaires et, parallèlement, des besoins en personnel enseignant. Les capacités d’accueil des structures de formation, notamment l’École normale supérieure et les écoles normales, ne permettaient pas de répondre suffisamment rapidement à cette demande.
Pour faire face à cette situation, les autorités avaient mis en place un mécanisme de recrutement permettant aux titulaires du BEPC d’accéder à la profession enseignante, moyennant une qualification pédagogique progressive. Le parcours prévoyait notamment l’obtention du Certificat élémentaire d’Aptitude Pédagogique (CEAP), puis du Certificat d’Aptitude Pédagogique (CAP).
Ce dispositif a ainsi constitué, pendant plusieurs décennies, un instrument de renforcement des effectifs enseignants et de couverture des besoins du système éducatif national.
Des qualifications académiques et professionnelles renforcées
L’évolution des exigences du métier et des standards de formation a progressivement rendu nécessaire une adaptation de ce modèle. La politique actuelle privilégie désormais un recrutement à partir du baccalauréat, suivi d’une formation initiale spécialisée d’au moins deux ans pour l’enseignement du premier degré et de trois à cinq ans pour le secondaire, selon les parcours.
Cette orientation s’appuie sur le renforcement des capacités nationales de formation. Le Togo dispose aujourd’hui de plusieurs établissements spécialisés, notamment l’École normale supérieure d’Atakpamé, l’Institut national des sciences de l’éducation de l’Université de Lomé, l’ISPO de l’Université de Kara ainsi que les écoles normales de formation des professions de l’enseignement implantées dans les différentes régions.
Ces structures délivrent désormais des diplômes professionnels, notamment la Licence professionnelle d’enseignement et le Diplôme de professeur d’école. Ces qualifications prennent progressivement le relais des anciens certificats professionnels.
Dans cette nouvelle organisation, la titularisation ne repose plus sur la réussite à un examen professionnel supplémentaire, mais sur l’évaluation des compétences fondamentales acquises durant la formation initiale et mobilisées dans l’exercice quotidien du métier.
Le numérique et les compétences pratiques au cœur du métier
À partir de l’année scolaire 2026-2027, les exigences professionnelles mettent particulièrement l’accent sur plusieurs compétences. Il s’agit notamment de la maîtrise des outils numériques, de la capacité à conduire des expériences scientifiques et à amener les élèves à les réaliser eux-mêmes, ainsi que de l’accompagnement individualisé des apprenants en difficulté.
Cette approche traduit une évolution du rôle de l’enseignant. Au-delà de la transmission des connaissances, celui-ci est appelé à intervenir davantage dans le suivi pédagogique et l’accompagnement des élèves vers la réussite scolaire.
Il doit notamment être capable d’identifier les difficultés d’apprentissage, de proposer des réponses adaptées et de collaborer avec les conseillers principaux d’éducation, les équipes de direction et les parents d’élèves.
La maîtrise du numérique constitue également un levier important de cette transformation. Elle permet aux enseignants d’effectuer des recherches, de partager des ressources avec leurs collègues, d’exploiter les outils pédagogiques disponibles et d’assurer un meilleur suivi des activités éducatives.
Les enseignants titulaires du CAP préservés
Face aux interrogations suscitées par cette réforme, le Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale insiste sur le fait que la suppression du CAP ne constitue pas une remise en cause de la qualité du travail accompli par les enseignants formés sous cet ancien dispositif.
Les agents déjà titulaires du certificat conservent leurs acquis, leur statut et leurs perspectives de carrière. Le ministère tient ainsi à reconnaître leur contribution au développement de l’école togolaise et à la formation de plusieurs générations d’apprenants.
« Tout métier s’apprend, y compris le métier d’enseignant », rappelle le responsable administratif, soulignant l’importance d’une formation initiale structurée et de l’acquisition de compétences professionnelles adaptées aux réalités contemporaines.
Au-delà de la suppression d’un examen instauré il y a près de cinquante ans, cette réforme marque donc une évolution du modèle national de formation des enseignants. Elle consacre le passage d’un dispositif historiquement conçu pour répondre à l’urgence des besoins en personnel à une approche davantage axée sur les qualifications académiques, la formation professionnelle initiale et la maîtrise effective des compétences pédagogiques.
L’enjeu pour le système éducatif togolais est désormais de disposer d’enseignants mieux préparés aux transformations de l’école, aux exigences du numérique et à la diversité des besoins des apprenants.















