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Le marché alimentaire africain pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, selon la Banque mondiale. Pour transformer ce potentiel en croissance durable, l’institution appelle les États à améliorer l’efficacité de leurs dépenses agricoles, à attirer davantage de capitaux privés et à accélérer la modernisation du secteur.

L’agriculture constitue l’un des principaux leviers de croissance et de création d’emplois en Afrique. Mais, pour la Banque mondiale, l’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les dépenses publiques : il s’agit surtout de mieux les orienter vers des investissements capables d’améliorer la productivité, stimuler l’innovation et développer les marchés.

Les gouvernements africains consacrent déjà environ 17 milliards de dollars par an à l’amélioration des rendements agricoles et au soutien des prix alimentaires. Pourtant, ces dépenses ne produisent pas encore suffisamment de résultats en matière de productivité, d’emplois et de croissance.

Une part importante des ressources est notamment consacrée aux subventions aux engrais. Selon la Banque mondiale, leur réorientation vers les semences améliorées, les équipements agricoles, les engrais adaptés et les pratiques résilientes au changement climatique pourrait multiplier par trois la productivité agricole du continent.

Pour l’institution, le soutien public doit également évoluer. Au lieu de financer un intrant isolé, les dispositifs devraient combiner semences, équipements, accès au crédit et accompagnement agronomique. Une approche susceptible d’améliorer durablement les rendements et l’intégration des exploitants dans les chaînes de valeur.

L’initiative AgriConnect s’inscrit dans cette logique. Elle ambitionne d’accompagner 300 millions de petits exploitants afin de renforcer leur accès aux marchés et aux chaînes de valeur agricoles.

Plusieurs pays expérimentent déjà de nouveaux dispositifs. En Zambie, les bons électroniques permettent aux producteurs de choisir leurs intrants via un smartphone ou une carte de paiement. Au Sénégal, les politiques agricoles accordent davantage de place aux investissements de long terme, notamment dans l’irrigation, la formation et les coopératives.

Au Malawi, un registre numérique des exploitations permet de mieux cibler les aides et de dégager des ressources pour l’irrigation, la recherche et le soutien aux petits exploitants vulnérables.

La modernisation agricole doit aussi permettre de mobiliser davantage de capitaux privés. Une agriculture plus productive et mieux connectée aux marchés rend plus attractifs les secteurs de la transformation, du stockage, du transport et de la commercialisation.

La Banque mondiale identifie trois conditions : des infrastructures modernes, un cadre réglementaire clair et davantage de capitaux privés. L’objectif est de faire de la dépense publique un levier capable d’attirer d’autres financements.

Plus de 40 pays africains travaillent actuellement avec le Groupe de la Banque mondiale pour améliorer l’efficacité de leurs dépenses agricoles. Les réformes engagées devraient permettre de réorienter près de 13 milliards de dollars vers des investissements jugés plus productifs, notamment pour accroître les revenus agricoles, renforcer les systèmes alimentaires et préserver les sols.

Derrière la perspective d’un marché alimentaire de 1 000 milliards de dollars se trouve un autre enjeu : l’emploi. Environ 12 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail.

L’agriculture et l’agro-industrie disposent d’un potentiel important pour absorber cette nouvelle main-d’œuvre. De la production à la transformation, en passant par le stockage, le transport, la commercialisation et les services financiers, chaque maillon de la chaîne peut créer de la valeur, des entreprises et des emplois.

Pour l’Afrique, les 1 000 milliards de dollars attendus à l’horizon 2030 représentent donc moins une simple prévision de marché qu’une opportunité stratégique de transformer le potentiel agricole en revenus, investissements et emplois durables.

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