Le gouvernement togolais et la Banque mondiale ont décidé de mettre un terme, de manière anticipée, au Projet d’Amélioration de la Sécurité Hydrique en Milieu Urbain au Togo (PASH-MUT), lancé en 2023. Cette décision, qui intervient à mi-parcours de la durée initialement prévue, s’explique par les faibles performances enregistrées dans l’exécution du projet et la volonté des deux parties de réorienter les investissements vers une approche jugée plus efficace.
Approuvé le 30 mars 2023 pour une période de six ans, le PASH-MUT était financé à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale. Il ambitionnait d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable dans le Grand Lomé grâce à l’extension et à la réhabilitation de près de 200 kilomètres de réseau de distribution, à la construction d’un château d’eau à Cacaveli, à la réalisation de systèmes autonomes d’alimentation en eau potable dans les zones périphériques, au renforcement des infrastructures d’assainissement ainsi qu’à l’amélioration des performances de la Société Togolaise des Eaux (TdE), notamment par la réduction des pertes sur le réseau.
La mise en œuvre du projet a toutefois été rapidement freinée par une série de difficultés administratives, techniques et institutionnelles. Plusieurs procédures de passation des marchés ont été remises en cause à la suite de contrôles techniques et administratifs.
Le contrat basé sur la performance visant à réduire les pertes d’eau de la TdE a notamment été annulé après l’identification d’une offre financière jugée anormalement basse, susceptible de compromettre la qualité des prestations. Les vérifications ont également mis en évidence des insuffisances relatives à la situation administrative et aux références techniques d’un membre du groupement attributaire.
Le projet a également été confronté à des contentieux. Une dénonciation examinée par l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP) concernant le marché des forages stratégiques a donné lieu à des investigations sur les antécédents techniques d’un opérateur économique, entraînant de nouveaux retards dans l’exécution des activités.
À ces obstacles se sont ajoutées des difficultés de gouvernance. Les contrats des membres de l’Unité de gestion du projet, arrivés à échéance le 31 décembre 2025, n’ont pas été renouvelés, provoquant une réorganisation du dispositif de pilotage et un ralentissement supplémentaire des opérations.
Après près de trois années d’exécution, le taux global de décaissement ne dépassait pas 9 %, un niveau jugé insuffisant au regard des objectifs fixés et des ressources mobilisées. Face à ce constat, le gouvernement togolais et la Banque mondiale ont convenu de procéder à une clôture anticipée du projet afin de mettre un terme à un financement dont les résultats demeuraient largement en deçà des attentes.
Cette décision ne remet toutefois pas en cause les ambitions du Togo en matière de sécurité hydrique. Elle s’inscrit dans une démarche de renforcement de la gouvernance publique, d’amélioration de l’efficacité des investissements et de meilleure utilisation des ressources mobilisées auprès des partenaires techniques et financiers.
Les autorités entendent désormais engager une nouvelle phase avec l’élaboration d’un « Pacte pour l’eau », appelé à redéfinir les priorités du secteur, accélérer la mise en œuvre des projets structurants et inscrire le pays dans l’initiative mondiale « Water Forward » soutenue par la Banque mondiale.
À travers cette réorientation, le gouvernement affiche sa volonté de privilégier des projets mieux préparés, plus rigoureusement exécutés et capables de produire des résultats tangibles pour améliorer durablement l’accès des populations urbaines à l’eau potable.














