En marge de la deuxième édition des BOAD Development Days 2026 organisée à Lomé, l’architecte-ingénieur sénégalais Pierre Goudiaby Atepa a appelé les pays africains à adopter une vision ambitieuse du développement urbain fondée sur la création de villes nouvelles intelligentes, capables de répondre aux défis démographiques, économiques et énergétiques du continent.
Selon l’expert, l’Afrique fait face à une mutation urbaine sans précédent qui exige dès aujourd’hui des investissements structurants dans l’habitat et les infrastructures. Il estime que la population des villes africaines devrait doubler au cours des vingt prochaines années, rendant indispensable une planification urbaine de long terme.
Pour Pierre Goudiaby Atepa, la création de villes nouvelles ne se limite pas à la construction de logements. Elle constitue un véritable levier de transformation économique et d’industrialisation.
« Créer une ville nouvelle, c’est créer à côté toute une industrie du bâtiment, notamment dans les secteurs du ciment, du fer, de l’aluminium et de l’acier. C’est aussi créer de l’emploi, générer de la valeur ajoutée et réduire la dépendance aux importations de matériaux de construction », a-t-il expliqué.
L’architecte considère que l’industrialisation du secteur du bâtiment demeure une condition essentielle pour répondre efficacement à la demande croissante en logements sur le continent.
« Ne pas industrialiser le bâtiment rendra le développement de l’habitat difficile en Afrique », a-t-il averti.
Pour l’expert sénégalais, les villes nouvelles doivent devenir le socle des politiques de développement urbain en Afrique. Elles permettent non seulement de mieux organiser l’expansion des centres urbains, mais également de créer de nouveaux pôles économiques capables d’attirer les investissements et de soutenir la croissance.
« Les villes nouvelles constituent la base du développement de l’habitat. Il faut voir grand pour le développement de l’Afrique », a-t-il affirmé.
Au-delà de la construction de logements, Pierre Goudiaby Atepa défend un modèle de développement urbain intégré reposant sur l’autofinancement et les énergies renouvelables.
À cet effet, il a présenté le concept du MECA (Mécanisme de financement des villes nouvelles), une approche destinée à financer durablement les projets urbains de grande envergure.
« Créons des villes nouvelles qui vont s’autofinancer en associant la capitale administrative, l’agriculture moderne, les routes, l’électrification et les énergies renouvelables », a-t-il préconisé.
Selon lui, les villes du futur devront être conçues comme de véritables écosystèmes économiques capables de générer leurs propres ressources et de réduire leur dépendance aux financements publics.
Les propositions de Pierre Goudiaby Atepa interviennent dans un contexte marqué par une forte pression sur le secteur de l’habitat dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Le déficit de logements y est estimé à plus de 3,7 millions d’unités, tandis que les financements accordés à l’habitat par les banques commerciales représentent seulement environ 9 % de l’encours global des crédits à l’économie.
Selon les projections démographiques, près de 300 millions de personnes vivront dans les villes d’Afrique de l’Ouest à l’horizon 2050. Pour répondre à cette croissance, il sera nécessaire de construire environ 800 000 logements chaque année dans la région.
Face à cette équation, l’architecte-ingénieur estime que la création de villes nouvelles intelligentes, adossées à une industrialisation du bâtiment et à des mécanismes innovants de financement, constitue l’une des solutions les plus crédibles pour relever durablement le défi du logement en Afrique.
Les réflexions engagées lors des BOAD Development Days 2026 confirment ainsi que l’habitat n’est plus seulement une question sociale, mais un véritable enjeu de souveraineté économique, d’industrialisation et de développement durable pour les pays de l’UEMOA et du continent africain.
Architecte-ingénieur de renommée internationale, Pierre Goudiaby Atepa figure parmi les bâtisseurs les plus influents du continent africain. Diplômé en ingénierie et en architecture du Rensselaer Polytechnic Institute de New York, il a consacré plus de cinq décennies à la conception d’infrastructures emblématiques et de projets urbains majeurs qui ont contribué à façonner le paysage architectural et économique de l’Afrique.
Fondateur du Groupe Atepa, il est à l’origine de nombreuses réalisations de référence, parmi lesquelles le siège de la CEDEAO à Lomé, le siège de la BCEAO à Dakar, le Monument de la Renaissance Africaine, le CESAG, ainsi que plusieurs villes nouvelles, aéroports, institutions financières et infrastructures stratégiques à travers le continent.
Ancien Président de l’Union des Architectes d’Afrique et membre de l’Académie Internationale d’Architecture, il a également occupé les fonctions de Conseiller spécial du Président de la République du Sénégal et de Président du Club des Investisseurs du Sénégal.
Habitat en Afrique : Pierre Goudiaby Atepa plaide pour la création de villes nouvelles intelligentes














