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Lomé – La protection et la restauration des ressources forestières pourraient franchir une nouvelle étape au Togo avec l’adoption récente par l’Assemblée nationale du projet de loi portant Code forestier. Ce nouveau cadre législatif, appelé à moderniser la gouvernance des ressources forestières, intervient dans un contexte où le pays intensifie ses actions de restauration des terres et des paysages dégradés, notamment à travers le programme AFR100, mis en œuvre avec l’appui de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La convergence entre cette nouvelle dynamique législative et les interventions menées sur le terrain par AFR100 ouvre ainsi des perspectives importantes pour une meilleure protection des forêts classées, une gestion plus durable des ressources naturelles et une implication accrue des acteurs locaux. Les orientations annoncées autour du projet de loi mettent notamment l’accent sur la modernisation de la gouvernance forestière, la participation des collectivités territoriales et la prise en compte des populations riveraines. Elles visent également à mieux concilier la protection du patrimoine forestier avec les impératifs de développement local et de résilience climatique.

Le projet de loi portant Code forestier traduit une évolution de la manière dont la protection des ressources forestières est envisagée. Face aux effets du changement climatique, à la dégradation des terres et aux multiples pressions exercées sur les écosystèmes, le défi ne consiste plus uniquement à préserver des espaces forestiers par des mesures de contrôle et de surveillance. Il devient également nécessaire d’associer les populations et les acteurs locaux à la recherche de solutions durables.

Le nouveau texte ambitionne ainsi de renforcer la participation des collectivités territoriales et d’accorder une place plus importante aux populations riveraines, notamment à travers la consultation et la prise en compte de leurs droits, usages et intérêts légitimes dans certaines procédures liées à la gestion et au classement des forêts. Cette approche rejoint, à plusieurs égards, la philosophie développée dans le cadre du programme AFR100.

Mis en œuvre au Togo avec l’appui de la FAO, le programme AFR100 vise à accélérer la restauration des terres dégradées tout en faisant de cette restauration un véritable levier de développement rural.

L’approche ne se limite pas à planter des arbres. Elle repose sur une restauration intégrée des paysages, prenant en compte la santé des sols, la protection des ressources en eau, la biodiversité, les systèmes agricoles et les moyens d’existence des populations. Le programme ambitionne notamment de renforcer les capacités des organisations de producteurs forestiers et agricoles, de soutenir des modèles économiques durables et inclusifs et d’améliorer la gouvernance locale autour des ressources naturelles. Au Togo, AFR100 prévoit notamment des hectares sous restauration et sous gestion améliorée, ainsi que l’appui aux communautés locales et aux OPFA.

Dans cette dynamique, les Organisations de Producteurs Forestiers et Agricoles (OPFA) occupent une position stratégique. Elles constituent l’un des maillons essentiels entre les grandes orientations nationales et les réalités vécues quotidiennement par les producteurs et les communautés rurales.

Le programme AFR100-Togo prévoit précisément de renforcer les capacités des OPFA et de les accompagner dans le développement d’initiatives capables de concilier restauration des paysages et développement économique. Le programme prévoit notamment un appui à 25 OPFA à travers des services d’incubation et le renforcement d’organisations capables de jouer un rôle d’accélérateur pour les entreprises locales liées à la restauration.

Dans cette perspective, le projet de loi portant Code forestier adopté par les députés et le programme AFR100 peuvent être considérés comme deux dynamiques complémentaires. Le premier pose un cadre juridique et institutionnel renforcé pour la gestion durable des ressources forestières, tandis que le second accompagne les acteurs locaux dans la mise en œuvre d’actions concrètes de restauration. Les OPFA peuvent ainsi contribuer à faire le lien entre les orientations nationales et les pratiques de terrain, en mobilisant les producteurs autour de l’agroforesterie, de la restauration des terres dégradées, de la production de plants et du développement d’activités économiques respectueuses des ressources naturelles.

La question de la protection des forêts classées illustre parfaitement la nécessité de cette complémentarité. Ces espaces constituent des réservoirs importants de biodiversité et jouent un rôle essentiel dans la régulation des écosystèmes. Mais leur conservation est également confrontée aux réalités socio-économiques des populations vivant dans leur environnement immédiat.

La pression agricole, les besoins en terres, l’exploitation du bois et d’autres activités humaines peuvent fragiliser progressivement ces écosystèmes. D’où la nécessité de dépasser une approche exclusivement fondée sur l’interdiction et la sanction. La restauration durable des paysages nécessite également de proposer aux communautés et aux producteurs des alternatives économiques capables de réduire la pression exercée sur les ressources forestières.

C’est dans cette logique que s’inscrit AFR100, dont l’ambition est de faire de la restauration un facteur de développement local et de création de nouvelles opportunités économiques. Le programme apporte notamment un appui financier et technique aux communautés locales, aux petits producteurs forestiers et agricoles ainsi qu’aux acteurs économiques engagés dans la restauration des paysages.

Dans la région des Plateaux, où la restauration des paysages forestiers constitue un enjeu important, AFR100 a déjà favorisé une dynamique de concertation entre plusieurs catégories d’acteurs. Des maires, autorités administratives, chefs traditionnels et experts techniques se sont notamment réunis à Kpalimé en mai 2026 pour jeter les bases d’un dialogue intercommunal consacré à la restauration des paysages forestiers dans les Plateaux Ouest. Cette initiative vise à renforcer une gouvernance territoriale plus concertée et durable. Les actions du programme dans les préfectures de Kloto et de Danyi ont également permis de renforcer la collaboration entre les services techniques, les autorités locales et les OPFA autour des enjeux de restauration des paysages forestiers.

Cette dynamique pourrait trouver un nouvel écho dans la mise en œuvre du projet de loi portant Code forestier.

Car la protection des forêts classées ne peut être durable que si elle est intégrée dans une vision plus large du territoire, associant les forêts, les terres agricoles, les ressources en eau, les collectivités et les communautés.

Le véritable défi après l’adoption du projet de loi sera sa traduction concrète sur le terrain. Un cadre juridique, aussi moderne soit-il, ne peut produire des résultats durables sans l’adhésion et la mobilisation des acteurs directement concernés. C’est ici que l’expérience du programme AFR100 peut apporter des enseignements importants. En s’appuyant sur les OPFA, les collectivités territoriales, les services techniques et les communautés, le programme développe une approche où les populations ne sont pas uniquement considérées comme des bénéficiaires des politiques environnementales, mais comme des acteurs et des partenaires de la restauration. Cette logique est d’autant plus importante que le programme AFR100-Togo ambitionne de renforcer les cadres politiques et institutionnels, de restaurer les écosystèmes et de stimuler simultanément les économies locales.

La grande convergence entre le projet de loi portant Code forestier et AFR100 pourrait donc résider dans cette nouvelle conception de la gouvernance forestière : protéger les forêts avec les populations et non uniquement autour d’elles.

Dans cette vision, les OPFA peuvent devenir de véritables partenaires de la protection des paysages forestiers. En structurant les producteurs et en les accompagnant vers des pratiques plus durables, elles peuvent contribuer à réduire la pression sur les forêts classées tout en favorisant de nouvelles sources de revenus. L’agroforesterie, les pépinières, la production et la valorisation durable des produits forestiers et agricoles ainsi que le développement de petites entreprises rurales peuvent ainsi transformer la restauration en opportunité économique.

Cette orientation correspond également à l’approche globale d’AFR100, qui vise à associer restauration écologique, innovation économique et amélioration des moyens d’existence des populations rurales.

L’adoption du projet de loi portant Code forestier ouvre ainsi une nouvelle perspective pour la gestion durable des ressources forestières au Togo. Sa mise en œuvre pourrait permettre de renforcer l’articulation entre les orientations nationales et les initiatives déjà expérimentées dans les territoires à travers des programmes comme AFR100. La réussite de cette dynamique reposera sur une responsabilité partagée : un État qui définit et garantit le cadre juridique, des collectivités territoriales davantage impliquées dans la gouvernance, des services techniques qui accompagnent, des OPFA qui organisent et mobilisent les producteurs, et des communautés qui participent pleinement à la protection et à la restauration de leur environnement. Pour les forêts classées et les paysages forestiers togolais, l’enjeu est désormais de faire converger le droit et l’action.

Le projet de loi portant Code forestier adopté récemment par les députés pourrait ainsi constituer le cadre juridique, tandis que le programme AFR100, mis en œuvre avec l’appui de la FAO, offre une voie concrète pour transformer les ambitions de restauration en résultats durables au bénéfice des écosystèmes et des populations.

Jean-Marc EDRON

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