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Face au recul des financements extérieurs et aux tensions sur les marchés de capitaux, le Togo mise sur l’épargne domestique pour soutenir ses investissements. Le gouvernement a adopté un projet de loi créant une Caisse des dépôts et consignations (CDC), un nouvel instrument financier appelé à mobiliser des ressources de long terme au service du développement. Si le modèle a fait ses preuves dans plusieurs pays africains, son efficacité dépendra avant tout de sa gouvernance et de son autonomie.

Le gouvernement togolais a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de financement du développement. Réuni en Conseil des ministres le mercredi 8 juillet, l’exécutif a adopté un projet de loi portant création d’une Caisse des dépôts et consignations (CDC), une institution financière publique destinée à collecter et sécuriser une partie de l’épargne nationale afin de financer des projets structurants.

Présentée comme un « tiers de confiance », la future CDC aura pour mission de recevoir et de conserver des fonds publics et privés, les consignations administratives et judiciaires ainsi que différents cautionnements. Ces ressources seront ensuite investies dans des placements sécurisés et orientées vers le financement de projets à long terme, notamment dans les infrastructures, les équipements publics et les secteurs stratégiques.

La création de cette institution intervient dans un contexte marqué par un accès plus difficile aux ressources financières internationales. Entre la hausse des taux d’intérêt, le durcissement des conditions de financement et les tensions sur les marchés de capitaux, les États africains sont de plus en plus incités à mobiliser leurs ressources internes.

Le Togo s’inscrit pleinement dans cette dynamique. À l’issue du Conseil des ministres, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, a réaffirmé la volonté du gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées afin de renforcer l’attractivité du pays et de diversifier les sources de financement de l’économie.

Avec cette future Caisse des dépôts, les autorités entendent transformer une partie de l’épargne nationale, souvent peu mobilisée, en investissements de long terme capables d’accompagner les ambitions du pays en matière d’infrastructures et de développement économique.

Le Togo rejoint ainsi le cercle des pays africains ayant adopté le modèle des Caisses des dépôts, inspiré de la Caisse des dépôts et consignations française, créée en 1816 pour sécuriser l’épargne réglementée et financer des investissements d’intérêt général.

Sur le continent, le Maroc fait figure de référence. Sa Caisse de dépôt et de gestion (CDG), créée en 1959, gère aujourd’hui des actifs évalués à près de 382 milliards de dirhams, soit environ 23 000 milliards de FCFA (près de 40 milliards de dollars), faisant d’elle l’un des principaux investisseurs institutionnels africains.

En Afrique de l’Ouest, le Bénin présente l’expérience la plus avancée. Créée en 2018, sa Caisse des dépôts et consignations affichait un bilan de 1 061,97 milliards de FCFA à fin 2024, porté principalement par les ressources de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

La Côte d’Ivoire, dont la CDC est opérationnelle depuis 2019, avait déjà mobilisé près de 254 milliards de FCFA entre 2019 et 2022. Plus récemment, le Cameroun a lancé sa propre institution en 2023 après plusieurs années d’attente, tandis que le Congo a adopté le texte créant sa caisse en mai dernier.

Si ces institutions constituent un levier important de financement du développement, leur réussite repose avant tout sur la qualité de leur gouvernance. Les spécialistes rappellent qu’une Caisse des dépôts ne peut pleinement jouer son rôle que si elle bénéficie d’une gestion indépendante, transparente et orientée vers des investissements de long terme.

L’enjeu pour le Togo sera donc de garantir l’autonomie de la future institution, afin qu’elle puisse gérer les ressources qui lui seront confiées selon des critères de sécurité, de rentabilité et d’intérêt général, sans être réduite à un simple instrument de financement du Trésor public.

En dotant le pays d’une Caisse des dépôts et consignations, le gouvernement se dote d’un nouvel outil pour accompagner sa stratégie de transformation économique. Le véritable test commencera toutefois avec la mise en place de son cadre de gouvernance, déterminant pour inspirer confiance aux déposants et faire de cette institution un moteur durable du financement de l’économie togolaise.

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